Les sylviculteurs du sud-ouest sont confrontés à une course contre la montre. Après les incendies de l'été qui ont détruit 44 000 hectares du massif des Landes de Gascogne, environ 4,5 millions de m3 de bois sinistrés doivent être retirés des forêts, soit l'équivalent d'une récolte annuelle, selon Eric Dumontet, secrétaire général du syndicat des sylviculteurs du sud-ouest. La profession redoute une double menace sanitaire : celle des scolytes, des coléoptères ravageurs des pins, et celle du nématode du pin, un ver microscopique dont le premier foyer en France a été identifié le 3 novembre 2025.
Une double menace sanitaire
« On a un risque, et c'est classique après chaque sinistre, de crises sanitaires avec des scolytes qui profitent de ces arbres fragilisés pour venir se développer et qui finissent par attaquer les peuplements verts autour », explique Eric Dumontet. Les scolytes s'enterreront en hiver et ressortiront au printemps prochain. « C'est là où on risque d'avoir une pullulation si on n'a pas coupé ces arbres-là, ajoute-t-il. C'est une véritable course contre la montre qui s'engage aujourd'hui. »
Le monochamus, l'insecte vecteur du nématode du pin, est pyrophile, c'est-à-dire qu'il tire bénéfice du feu. Il lui est plus facile de se développer sur ces arbres fragilisés, qui ont moins de vigueur pour se défendre. Le nématode bloque la circulation de la sève et inquiète les sylviculteurs au moins autant que les incendies. « On s'aperçoit que toute la réglementation européenne qui a été mise en œuvre depuis l'apparition du nématode, elle n'arrive pas à freiner la propagation du nématode », pointent-ils.
Une aide de l'État attendue
Une fois les arbres encore valorisables évacués, les sylviculteurs demandent une aide de l'État pour broyer le reste du bois brûlé. Le Premier ministre en a validé le principe lors de sa visite à Mérignac, en Gironde, mais deux mois après les incendies et plusieurs demandes de la filière, « nous n'avons strictement aucune réponse de la part des services de l'État sur quelque sujet que ce soit », déplore Eric Dumontet.
Le temps presse et la situation ne pourra pas attendre le vote du budget au mois de décembre. « Le problème, c'est qu'on va arriver dans une période (janvier à mars) où on ne pourra pas accéder aux parcelles parce qu'il y aura beaucoup trop d'eau et on massacrerait les sols, fait valoir Eric Dumontet. On va vite se retrouver au printemps sans avoir broyé ces peuplements-là. C'est maintenant qu'il faudrait commencer. »
Une réglementation jugée insuffisante
Après la détection d'un arbre positif au nématode du pin, la réglementation européenne prévoit la mise en place de mesures pendant au moins quatre ans. « On attend les règles et les consignes pour voir dans quel sens on va partir et quels choix de gestion on peut avoir », regrette le syndicat. Il attend d'autant plus fébrilement l'aide du ministère de l'Agriculture, en charge de piloter la stratégie de lutte, depuis les mégafeux.