Inondations à Saint-Pée-sur-Nivelle : le rôle des barrages expliqué
Dans la nuit du 12 au 13 mai 2023, Saint-Pée-sur-Nivelle s'est retrouvée sous les eaux. Cet événement, de plus en plus fréquent, soulève de nombreuses questions, notamment sur le rôle des barrages du lac Alain Cami et de Lurberria. L'ingénieur Emilio Tena apporte son éclairage.
Un phénomène récurrent
Le 13 mai 2023, les habitants de Saint-Pée-sur-Nivelle se sont réveillés les pieds dans l'eau, une situation déjà vécue en janvier 2022, décembre 2021, juin 2018 et février 2009, sans oublier les crues du 4 mai 2007. À chaque fois, les mêmes questions reviennent : pourquoi le centre-ville est-il si régulièrement touché ? Pourquoi ce phénomène semble-t-il s'intensifier ? Comment y remédier ? Et surtout, à quoi servent les barrages du lac Alain Cami et de Lurberria ?
Le rôle des barrages
Emilio Tena, ingénieur des Ponts et chaussées et codirecteur du cabinet d'ingénierie ISLO à Saint-Jean-de-Luz, répond à ces interrogations. Ancien membre du Comité de direction des travaux du barrage de Lurberria et maître d'œuvre du nouvel évacuateur de crues du barrage Alain-Cami, il précise : « Non, le lac de Saint-Pée n'est pas censé éviter les crues décennales et centennales. Non, les récents travaux du nouvel évacuateur de crues (EVC) ne réduisent pas le débit de ces dernières ; oui, le rôle de cet EVC est de sécuriser le barrage jusqu'aux crues de retour 1 000 ans, évitant toute submersion du remblai ; contrairement à celui de Lurberria, le barrage du lac n'est donc pas écrêteur de crue. »
L'évacuateur de crues : un by-pass
Le nouvel évacuateur de crues du lac Alain-Cami fonctionne comme un by-pass. Il protège le barrage lui-même contre une submersion catastrophique. « Le débit qui entre en amont est le même que celui qui ressort », explique Emilio Tena. Les pointes de crues de référence surpassaient les capacités de l'ancien chenal bétonné : de 30 % pour une crue centennale, de 50 % pour une crue millénale. Aucun ouvrage supplémentaire ne peut contenir les tumultes provoqués par les forts épisodes pluvieux, et des bassins d'orage en aval sont irréalisables en raison du manque d'espace et des conséquences sur l'habitat.
Lurberria : un écrêteur de crues limité
Seul le barrage de Lurberria peut contribuer à maîtriser le débit des crues sur la Nivelle, mais sans miracle. Mis en eau en décembre 2008, il assume une fonction d'écrêtement : il diminue le débit maximum de la rivière en se remplissant, puis restitue l'eau stockée lors du retour à la normale. Selon la Dreal, « cet ouvrage a réduit la vulnérabilité d'ensemble de la vallée sur les petites et moyennes crues débordantes. » Cependant, il est sans effet sur les crues formées par le ruisseau de Sare, affluent majeur de la Nivelle en aval.
Quelles solutions pour Saint-Pée-sur-Nivelle ?
Saint-Pée-sur-Nivelle se trouve à la confluence de plusieurs bassins-versants, rendant difficile la maîtrise des écoulements lors de fortes pluies. Des travaux hors norme sur des ouvrages de rétention auraient un coût financier et environnemental élevé pour des résultats minimes. Certains historiens et habitants évoquent la nécessité de ralentir l'urbanisation et l'imperméabilisation des sols, ainsi qu'un reboisement massif de la forêt communale, passée de 5 000 hectares avant la Révolution à un peu plus de 2 000 hectares aujourd'hui. Cette forêt jouait autrefois un rôle de tampon lors des crues.



