Inondations historiques à Jusix : une semaine d'isolement pour les habitants
Après quatre jours d'inondations historiques, les habitants des villages submergés de la plaine de la Garonne marmandaise s'apprêtent à vivre une semaine extrêmement difficile. À Jusix, petit village de 45 âmes, l'horizon n'a pas changé depuis le début de cette catastrophe naturelle. L'eau s'étend à perte de vue, créant un paysage aquatique à 360 degrés autour des maisons où les résidents ont choisi de rester, attendant patiemment la décrue.
Des prévisions météorologiques inquiétantes
Ce dimanche 15 février, les nouvelles ne sont pas bonnes selon le maire Laurent Capelle. « On nous annonce une petite baisse, puis une hausse à nouveau pour la nuit de mardi à mercredi. Mais on est parti pour sept à dix jours de plus d'isolement, ça va être très dur », prévient l'élu depuis le deuxième étage de sa maison inondée, où il parvient à capter un peu de réseau téléphonique. Cette inondation dépasse déjà celle, historique, de 2021, avec des niveaux d'eau plus élevés et une durée qui s'annonce bien plus longue.
La solidarité en action malgré l'adversité
Face à cette situation critique, la solidarité s'organise. Christian Larribière et son fils Aymeric, sapeur-pompier volontaire, effectuent depuis l'aube des allers-retours en bateau depuis la terre ferme girondine de Lamothe-Landerron. Leur mission : ravitailler les habitants isolés avec du pain frais et des croissants offerts par la municipalité voisine. « Pourquoi je fais ça ? Je ne sais pas, je suis natif d'ici, je pense que j'ai ça dans la peau, c'est ma volonté d'aider les gens. Je pars le matin en bateau, je rentre le soir », confie Christian, ému aux larmes.
La navigation est périlleuse : pluie glaciale, vent violent, et par endroits, de puissants remous provoqués par la surverse des digues immergées. Aymeric, qui a grandi avec les inondations, manœuvre avec expertise entre les poteaux électriques qui servent de repères dans ce paysage transformé en mer intérieure.
Le moral des habitants à l'épreuve
Chez une famille de quatre personnes avec une enfant, Christian distribue les croissants frais. « On n'a pas peur. Tant que l'eau ne rentre pas dans la maison, ça va », rassure la mère de famille, dont la maison en pierre est construite sur une petite hauteur. Les tracteurs sont garés à ras du mur, l'eau frôlant les pneus.
Mais le moral commence à fléchir. Jean-Claude et sa femme, dont le rez-de-chaussée est sous l'eau, plaisantent encore (« Moi, pour la Saint-Valentin, j'ai amené ma femme à Venise ! »), mais s'inquiètent pour leurs chiens. Ils finiront par évacuer dans la journée après avoir appris la mauvaise nouvelle : l'isolement va durer encore plusieurs jours.
Les défis quotidiens des sinistrés
François et son fils Coryan, qui habitent au plus près du fleuve, tentent de pêcher pour tuer le temps, mais le courant est trop fort et les branches trop nombreuses. « Si ça dure trop longtemps, on va partir. Tourner, virer à rien faire dans la maison, c'est un peu dur moralement », confie le père. L'équipe de la réserve communale leur promet de ramener de l'eau potable.
Le maire Laurent Capelle s'inquiète de l'impact psychologique de cette épreuve prolongée. « Petit à petit, les gens vont craquer. Même s'il y aura toujours des irréductibles, la plupart de ceux qui sont restés vont partir. Au bout d'un moment, l'isolement devient compliqué ». Il a demandé au sous-préfet de prévoir une cellule psychologique pour les sinistrés, anticipant déjà les jours d'après, quand il ne restera plus que le limon gluant dans les rues et les maisons.
Une épreuve physique et émotionnelle
Pour les secouristes bénévoles comme Christian Larribière, 58 ans, l'effort est considérable. « Le bateau, c'est dur. Toute la journée, monter, descendre, ça tape sur les vagues, c'est très physique », confie-t-il. Pourtant, il reste engagé jusqu'au bout, jusqu'à la nuit, porté par son attachement à sa terre natale et sa volonté d'aider ses concitoyens.
La moitié du village a déjà été évacuée depuis vendredi, mais ceux qui restent font preuve d'une résilience remarquable. Dans l'épreuve, les gens de Jusix trouvent encore la force de sourire et de plaisanter, mais après quatre jours, la fatigue est bien présente, et la perspective d'une semaine supplémentaire d'isolement pèse lourdement sur les épaules de tous.



