Hantavirus : le cluster du Hondius, un signal à ne pas ignorer
Hantavirus : le cluster du Hondius sous surveillance

Le MV Hondius est immobilisé au large du Cap-Vert depuis le 4 mai avec à son bord 147 personnes – 88 passagers et 59 membres d’équipage – dont cinq Français. Trois passagers sont morts, un autre est en réanimation à Johannesburg et plusieurs cas suspects restent confinés. Le coupable présumé est un virus, le hantavirus, probablement la souche Andes.

Un virus, plusieurs maladies

Le mot « hantavirus » désigne en réalité une famille entière de virus, transportés par des rongeurs sauvages qui les excrètent dans leurs urines, leurs fèces et leur salive. Selon la souche et le continent, le tableau clinique de la maladie change radicalement. En Europe et en Asie, l’infection provoque une fièvre hémorragique avec syndrome rénal. La forme dominante en France, due au virus Puumala, reste relativement bénigne avec une létalité inférieure à 0,5 %. En Amérique, en revanche, les virus Sin Nombre et Andes provoquent un syndrome cardiopulmonaire foudroyant dont la mortalité oscille entre 30 et 40 %. C’est le seul hantavirus au monde à transmission interhumaine documentée sur la trentaine d’espèces pathogènes connues.

Ce que nous apprend le Hondius

L’histoire a commencé en Argentine où une vague d’Andes virus sévit depuis l’été 2025 causant au moins vingt morts entre juillet et janvier. Un couple britannique y séjourne avant d’embarquer le 1er avril, puis le mari tombe malade durant la première semaine de croisière et décède à bord. Sa femme décédera quelques jours plus tard. Le délai d’incubation est parfaitement compatible avec une exposition au sol patagon, pas à bord du navire. Mais ensuite, plusieurs autres cas apparaissent, dont un membre d’équipage qui se trouve être le médecin du bord. Un bateau de croisière n’est pas un espace confiné comme un autre ; les passagers partagent ascenseurs, repas, salles communes, cabines exiguës. C’est le terrain idéal d’une transmission secondaire, là où la vie quotidienne à terre la rendrait quasi impossible. C’est l’hypothèse désormais privilégiée par les virologues consultés par la revue Science.

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Pourquoi ce n’est pas le prochain Covid

Cette épidémie très localisée ne fait pas du virus Andes un candidat pandémique. La transmission entre humains exige des contacts très rapprochés et prolongés : conjoints partageant le même lit, soignants sans protection, cohabitation en espace confiné. Il ne se transmet pas par aérosolisation. Au Chili, une étude sur 476 contacts familiaux de patients hantavirus n’a confirmé que trois cas de transmission interhumaine ; les autres relevaient d’une exposition partagée à la même source. Une nuance toutefois, soulignée dans un thread sur X (ex-Twitter) par la virologue Emma Hodcroft : la fréquence de cette transmission interhumaine a probablement été sous-estimée jusqu’ici. La période d’incubation longue, d’une à six semaines, rend la reconstitution des chaînes de contamination difficile, surtout entre personnes qui vivent ou voyagent ensemble.

Le cluster du Hondius pourrait nous apprendre que le virus Andes circule un peu plus facilement entre humains qu’on ne le pensait, mais sans les particularités d’un virus respiratoire pandémique. L’OMS l’affirme sans détour : ce virus ne se propage pas comme la grippe ou le Covid-19. L’hantavirus n’est probablement pas le prochain Covid. C’est une zoonose ancienne, géographiquement circonscrite, qui ne menace pas la population générale. C’est un virus rare, redoutable pour qui le contracte, dont la transmission entre humains reste verrouillée par sa biologie. Le cluster du Hondius est cependant un signal scientifique à suivre.

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