Le 15 octobre 1986, la Ville de Fréjus a officiellement confié les étangs de Villepey au Conservatoire du littoral, mettant un terme à des décennies de projets immobiliers et touristiques qui menaçaient ce site naturel de 255 hectares, aujourd'hui surnommé la « Petite Camargue varoise ». Cette décision, intervenue après une longue bataille juridique et citoyenne, a permis de préserver l'un des rares grands ensembles humides du littoral méditerranéen, désormais reconnu d'importance internationale.
Une pression immobilière historique
Dans les années 1960 et 1970, les étangs de Villepey étaient perçus comme une réserve foncière facilement transformable. Entre 1960 et 1974, quatre projets de ports, de marinas ou de bases de loisirs ont été envisagés dans le secteur. À l'arrivée de François Léotard à la mairie en 1977, l'ambition d'aménagement a été relancée, avec notamment l'étude d'un projet de marina dans les étangs.
En parallèle, une autre voie se dessine. Le 3 juillet 1980, le conseil d'administration du Conservatoire du littoral décide de lancer l'opération d'acquisition du site, avec l'accord du conseil municipal de Fréjus donné le 3 octobre suivant. Une première déclaration d'utilité publique est prise en janvier 1982, mais elle sera annulée par le Conseil d'État le 14 octobre 1987 pour un vice de forme concernant l'évaluation des dépenses d'acquisition.
1986, une année charnière
L'année 1986 change la donne. La loi Littoral, promulguée le 3 janvier, renforce l'encadrement de l'urbanisation sur les côtes et prévoit la préservation des zones humides remarquables. À Fréjus, ce nouveau cadre juridique nourrit rapidement la contestation. Le 2 septembre, une association de défense des quartiers dépose un recours contre une décision préfectorale liée à la zone d'aménagement, en mettant en avant les insuffisances de la prise en compte de l'environnement.
Le 15 octobre 1986, la commune cède les étangs au Conservatoire. Mais la bataille est loin d'être terminée : le 2 mai 1989, le tribunal administratif de Nice annule la déclaration d'utilité publique de 1986 ainsi que le transfert des étangs. Une seconde déclaration d'utilité publique est prise le 7 septembre 1989. Les procédures et acquisitions vont s'étaler sur plusieurs années, tandis que les activités d'extraction de sable se poursuivent.
Une reconnaissance internationale
En 1993, le journal Le Monde décrit déjà Villepey comme la « Petite Camargue varoise » et rappelle les difficultés rencontrées depuis 13 ans pour protéger ses 255 hectares. Les extractions de sable cessent en 1999, et l'acquisition de l'ensemble du site s'achève en 2005. La commune demeure gestionnaire par convention avec le Conservatoire, avant que cette mission ne soit transférée à l'agglomération en 2019. En 2008, les étangs rejoignent la liste internationale des zones humides d'importance internationale au titre de la convention de Ramsar.
« Avec la reconnaissance des zones humides, on est passé du béton au héron », se félicite aujourd'hui François Fouchier, délégué régional du Conservatoire du littoral, annonçant que l'ancienne ferme des Esclamandes deviendra, fin 2027, un lieu de médiation pédagogique autour de l'environnement et de l'agriculture. « C'était essentiel d'avoir mené ces combats pour qu'aujourd'hui, l'ensemble de la zone soit protégée, confie Annick Gauthier, l'actuelle présidente de l'association des Amis de Villepey. Si cela n'avait pas été le cas, les effets négatifs d'une urbanisation dans ces lieux se seraient fait sentir bien au-delà de la zone ! »
Quarante ans après le choix du 15 octobre 1986, le paradoxe saute aux yeux : là où l'on imaginait des quais, des bateaux et des constructions, on trouve désormais des sentiers, des roselières, des oiseaux et des lagunes. Villepey n'a pas été sauvée en un jour, mais ce jour-là, son destin a bel et bien commencé à changer.