En 2023, les catastrophes naturelles ont fait plus de 70 000 morts et coûté entre 250 et 500 milliards de dollars dans le monde. Selon l'ONU, en intégrant les pertes économiques indirectes, ce chiffre pourrait atteindre 2 000 milliards de dollars par an et doubler d'ici 2050. Philippe Charvis, géophysicien et directeur délégué à la Science de l'IRD (Institut de recherche pour le développement), analyse dans une tribune libre la recrudescence de ces phénomènes et les moyens de s'en prémunir, notamment à Nice.
Pourquoi les catastrophes s'aggravent-elles ?
Deux raisons majeures expliquent cette escalade. Le changement climatique amplifie les aléas : les cyclones et tempêtes deviennent plus intenses, les canicules et sécheresses plus fréquentes. Les phénomènes indirects comme l'érosion des côtes et les glissements de terrain s'aggravent en parallèle.
Nos sociétés sont de plus en plus vulnérables et responsables. L'urbanisation croissante et mal maîtrisée expose des infrastructures critiques — centrales nucléaires, barrages, hôpitaux — à des zones à risque, avec des conséquences potentiellement catastrophiques, comme à Fukushima en 2011. La tempête Alex en 2020 a détruit des habitations construites dans des bras de la rivière jusqu'alors en sommeil.
Un défi global qui exige une réponse interdisciplinaire
Les aléas et risques naturels ignorent les frontières. L'ouragan Katrina en 2005 a provoqué une hausse mondiale du prix du pétrole ; l'éruption du volcan islandais Eyjafjöll en 2010 a paralysé le trafic aérien européen. Les réseaux d'observation sismologique, les satellites d'imagerie de la Terre ou les systèmes de détection des tsunamis permettent d'anticiper les crises et sauver des vies.
Mais la technologie ne suffit pas. Comprendre vraiment les risques nécessite de croiser les disciplines : géologie, géophysique, modélisation météorologique, projections climatiques, mais aussi sociologie des perceptions du risque, anthropologie des savoirs traditionnels, urbanisme résilient et économie de la prévention. Lorsqu'une catastrophe se produit, la réponse des acteurs de la prévention et de la protection doit être immédiate et adaptée, avec des plans d'urgence testés régulièrement et des stocks stratégiques de médicaments et de vivres.
Nice face à ses risques : et si on anticipait ?
Les communes de la Métropole Nice Côte d'Azur ont récemment obtenu le label Tsunami Ready de l'Unesco, qui certifie la mise en place d'une signalisation des zones à risque et de parcours d'évacuation adaptés. Des panneaux d'information fleurissent sur la côte niçoise. Mais d'autres actions restent indispensables.
Nice se situe dans une zone de risque sismique élevé, combiné au risque tsunami. Une campagne de diagnostic des immeubles anciens, la sécurisation des hôpitaux et des écoles, ainsi que la formation des enfants aux gestes qui sauvent — à l'image de ce qui se pratique au Japon — augmenteraient significativement notre résilience.
Les catastrophes naturelles ne sont pas une fatalité. Leur impact dépend de nos choix : où et comment nous construisons, comment nous préparons les populations et coopérons, scientifiques et décideurs, à l'échelle nationale et internationale. À Nice comme ailleurs, il faut des moyens, une prise de conscience et une volonté politique.