Un projet pilote ambitieux pour la santé des oiseaux exotiques
Les trois vétérinaires du zoo de La Palmyre, situé en Charente-Maritime, ont connu une fin du mois de novembre 2025 particulièrement intense. Leur mission : vacciner une cinquantaine de manchots du cap, trois vautours, trois autruches et cinq nandous, une espèce d'oiseaux originaire d'Amérique du Sud. Cette opération s'inscrit dans le cadre d'un projet pilote visant à tester un nouveau vaccin contre les souches récentes de la grippe aviaire.
Une collaboration scientifique d'envergure
Le parc zoologique a accepté de participer à cette initiative menée par le Ceva Wildlife Research Fund, un fonds de dotation spécialisé dans le financement et l'expertise de projets de recherche appliquée dédiés à la santé des animaux sauvages. Ce projet est réalisé en partenariat avec l'association francophone des vétérinaires de parc zoologique. Au total, six zoos français sont concernés par cette étude scientifique.
L'objectif principal est d'évaluer la protection conférée par ce vaccin innovant en collectant des données sur la réponse immunitaire de différentes espèces aviaires. « Ce vaccin devrait être beaucoup plus adapté aux souches du virus qui circulent actuellement », explique Thomas Charpentier, vétérinaire au zoo de La Palmyre.
Des avantages scientifiques significatifs
Le vétérinaire précise : « On va pouvoir distinguer les oiseaux qui ont produit des anticorps parce que vaccinés et ceux qui en ont produit parce qu'infectés par la maladie. Ce qui est très intéressant. On saura ainsi si la maladie a circulé dans le zoo ou pas. Et si oui, quelles espèces ont été touchées. »
Initialement conçu pour les espèces domestiques et d'élevage, ce nouveau vaccin a déjà démontré une bonne réponse immunitaire et une innocuité chez plusieurs espèces sauvages étudiées. « Fort de ces résultats, on voit qu'il présente une efficacité multi-espèces probable », indique-t-on chez Ceva.
Une sélection stratégique des espèces
Les trois grands groupes de volatiles concernés par ces tests – les sphéniscidés (manchots), les ratites (autruches, émeus…) et les rapaces – ont été sélectionnés pour leur sensibilité à la maladie, leur valeur de conservation et la nécessité d'enrichir les données scientifiques disponibles.
La grippe aviaire représente une menace réelle pour les oiseaux exotiques laissés en liberté dans les zoos, avec des risques de contamination par des oiseaux sauvages de passage. « On est à La Palmyre dans un couloir de migration important », insiste Florence Perroux, responsable de la communication et de la médiation scientifique.
Un enjeu de santé publique
Ces dernières années, la grippe aviaire a sévi dans certains parcs français. En 2022, la réserve africaine de Sigean, dans l'Aude, avait été obligée de fermer pendant vingt et un jours suite à une épidémie. « Les oiseaux morts retrouvés étaient sauvages et non vaccinés. Ils s'étaient mêlés aux oiseaux exotiques », se souvient Thomas Charpentier.
L'enjeu de protection est considérable, sachant que la maladie peut potentiellement passer de l'animal à l'homme. « Lorsqu'on trouve un oiseau mort dans le parc, il est systématiquement autopsié », précise le vétérinaire. Les résultats des tests menés au zoo de La Palmyre seront connus dans le courant de l'année 2026.
Cette initiative en parcs zoologiques est importante pour améliorer les stratégies de prévention tout en préservant des individus fragiles et menacés dans leur milieu naturel. Elle représente une avancée significative dans la lutte contre la grippe aviaire et la protection de la biodiversité aviaire en captivité.



