Gérard Findji, designer et apiculteur amateur installé à Carqueiranne (Var), a développé le Stop-frelon, un dispositif simple qui réduit considérablement la prédation des frelons asiatiques sur les abeilles. Après trois ans d'essais, ce sas à lamelles fixé à l'entrée des ruches a démontré son efficacité lors d'une expérimentation menée avec trois apiculteurs : les ruches équipées étaient en moyenne plus lourdes de 3,15 kg que les ruches témoins.
Une invention simple face à un fléau national
En vingt ans à peine, le frelon asiatique a conquis l'ensemble du territoire national. Les premières victimes de ce prédateur sont les abeilles, mais aussi les apiculteurs qui voient leur production de miel fondre. La solution à ce fléau pourrait venir du Var, de Carqueiranne plus exactement, où Gérard Findji a mis au point le Stop-frelon.
Le dispositif se présente comme une boîte sans façade ni arrière, remplie de lamelles, que l'on fixe à l'entrée des ruches. Il ne tue pas les frelons asiatiques, mais les gêne considérablement dans leur traque des abeilles. Les passionnés de haute technologie risquent d'être déçus : pas de puces électroniques, ni de semi-conducteurs, encore moins d'intelligence artificielle.
Une observation minutieuse des comportements de vol
La conception du Stop-frelon repose sur une observation minutieuse des frelons et des abeilles. « Mes travaux ont commencé par une longue et minutieuse observation des frelons et des abeilles. Je me suis aperçu qu'ils ne volent pas de la même façon. Le frelon asiatique vole un peu comme un hélicoptère. L'abeille, plutôt comme un avion de chasse. À la sortie de la ruche, l'abeille est comme catapultée. Elle est alors très rarement attrapée par le frelon. C'est au retour, quand elle est fatiguée et chargée de pollen, quand elle doit ralentir pour se poser à l'entrée de la ruche qu'elle est la plus vulnérable », explique Gérard Findji.
De ce constat est née l'idée de concevoir un sas qui viendrait se placer à l'entrée des ruches, une zone de sécurité semée d'obstacles, dans laquelle les abeilles, plus petites, donc plus agiles, pourraient continuer de voler normalement, alors que les frelons, handicapés par leur taille, n'arrêteraient pas de se cogner. La principale difficulté a été de trouver le bon espace entre les lamelles.
« Pour mon premier prototype, j'avais utilisé les fameux rideaux de porte en plastique multicolore. Mais avec le vent, les lamelles, qui n'étaient pas fixées, perturbaient les abeilles. J'ai pas mal tâtonné, essayé différents matériaux avant d'arriver au bon compromis : le Stop-frelon en polyéthylène recyclable que je propose aujourd'hui », raconte l'inventeur carqueirannais.
Un dispositif non létal et respectueux de la biodiversité
Le Stop-frelon n'est en rien une solution miracle, avertit Gérard Findji. « Mon invention ne cherche pas à tuer le frelon asiatique, mais à rendre moins efficace sa chasse. En d'autres termes à en faire un prédateur comparable au frelon endémique européen ». Contrairement aux pièges dans lesquels les frelons, mais aussi de nombreux pollinisateurs, viennent se noyer, le Stop-frelon n'est pas létal et donc plus respectueux de la biodiversité.
Pour Jean-Pierre Atxer, ancien enseignant de l'école saisonnière d'apiculture au lycée agricole d'Hyères et apiculteur ayant participé à l'expérimentation, c'est déjà une victoire. « Quand les abeilles passent leur temps à protéger les ruches, elles ne vont pas butiner. Avec le système mis au point par Gérard Findji, elles sont moins stressées et continuent de travailler pour préparer l'hiver ».
Un protocole scientifique et des résultats probants
L'expérimentation a suivi un protocole élaboré par l'Institut technique et scientifique de l'apiculture et de la pollinisation (Itsap). « Chez chacun des trois apiculteurs qui ont participé à l'expérimentation, cinq ruches étaient équipées du dispositif Stop-frelon et cinq autres ne l'étaient pas. Au bout de six semaines, on a pesé séparément les trente ruches : celles qui étaient équipées du perturbateur de vol étaient en moyenne plus lourde de 3,15 kg que les ruches témoins », affirme Gérard Findji.
Cette différence peut sembler peu importante, mais elle est significative pour les apiculteurs. « Pour un apiculteur, ces quelques kilos de réserves supplémentaires à l'entrée de l'hiver représentent bien plus qu'un simple gain de poids : c'est du temps de gagné à ne pas nourrir les abeilles et des euros non dépensés pour leur nourriture ». Et puis, moins d'abeilles tuées par les frelons, c'est aussi un développement moins important de leurs colonies. Quand on sait qu'un nid peut générer jusqu'à 500 nouvelles reines…
Jean-Pierre Atxer, qui avait l'habitude d'utiliser une raquette de tennis contre ces prédateurs, a pris sa décision : « Je vais équiper l'ensemble de mes ruches, une cinquantaine actuellement, du dispositif inventé par Gérard ». Il rappelle que « les abeilles représentent plus de 38 % du régime alimentaire du frelon asiatique ». L'inventeur, lui, a redescendu une quinzaine de ruches du plateau de Valensole pour continuer ses observations et convaincre de l'efficacité de son dispositif.



