La réserve naturelle marine de Cerbère-Banyuls (Pyrénées-Orientales) s'apprête à tripler sa superficie, passant de 650 hectares à 1 680 hectares, tandis que la réserve de la côte agathoise (Hérault) espère obtenir le statut de réserve naturelle nationale. Ces deux projets, portés en Occitanie, illustrent les enjeux de la protection du littoral méditerranéen.
Triplement de la réserve de Cerbère-Banyuls : une consultation citoyenne plébiscitée
Frédéric Cadène, conservateur de la réserve naturelle nationale marine de Cerbère-Banyuls, annonce la fin prochaine de la procédure : « Nous venons de terminer une phase de concertation de 17 mois, nous sommes à la fin du processus. Mais il faut aller vite car l'échéance présidentielle nous questionne. » Cette réserve, créée en 1974, est la première de France et est gérée par le Département. L'objectif est de faire de ces espaces « des moteurs pour la biodiversité », selon le spécialiste.
Le projet prévoit de passer de 650 hectares préservés, dont 65 hectares en protection renforcée, à 1 680 hectares, avec 135 hectares sanctuarisés, du cap Béar au cap Cerbère. Mi-septembre, les résultats de l'enquête publique ont montré que 78 % des votants se sont prononcés en faveur de l'extension. « Nous avons eu 1 600 retours, c'est énorme, c'est une des plus grosses enquêtes publiques, et avec 1 280 retours positifs, seuls des pêcheurs de loisirs se sont mobilisés contre, des personnes de la France entière qui ne connaissaient pas le projet car la pêche loisir sera autorisée », précise Frédéric Cadène.
Des bénéfices écologiques mesurés : des poissons 30 fois plus gros
Le conservateur insiste sur les bienfaits constatés dans la réserve : « Les densités de poisson sont exponentielles, la taille est parfois 30 fois plus importante qu'à l'extérieur. » Mérous, dorades, corbs – les prédateurs en haut de la chaîne alimentaire – affichent des capacités de reproduction plus importantes, et les habitats marins comme les herbiers de posidonie ou les coralligènes sont mieux protégés.
Après la validation du projet par les commissions des sites et paysages et de randonnées, le préfet doit désormais entériner l'extension via les ministères de la mer et de la biodiversité. Un décret est espéré pour mars ou avril. Ce nouveau statut permettra d'avoir « des agents assermentés pour le contrôle des activités, on a besoin d'un contrôle et d'une surveillance supérieure à ce qu'elle est aujourd'hui », souligne Frédéric Cadène.
Agde : vers le statut de réserve naturelle nationale
Du côté d'Agde, l'actuelle réserve de la côte agathoise vise à devenir réserve naturelle nationale, le seul projet actuel dans l'Hexagone. La surface passerait de 6 200 à 7 700 hectares, avec une zone de protection forte de 310 hectares. Une première rencontre a eu lieu fin septembre avec la commission espaces protégées du Conseil national de la protection de la nature (CNPN). L'avis du ministère de la biodiversité sera déterminant d'ici novembre, avec « une phase finale en 2027 », espère Renaud Dupuy de la Grandrive, directeur du milieu marin d'Agde.
« Nous axons beaucoup notre travail sur la régulation des activités, défend le porteur de projet. On ne dit pas comme certains : "c'est interdit point barre". Nous avons rappelé que nous avons fait de l'hyperconcertation, nous avons rencontré tout le monde, tous les acteurs maritimes, avec un portage politique continu. » Les discussions portent sur le degré de protection que le ministère veut fort, et le périmètre que le CNPN trouve un peu trop élargi.
Un besoin de surveillance et de recherche scientifique
Renaud Dupuy de la Grandrive rappelle « qu'il y a peu d'endroits protégés en Occitanie » et insiste sur l'importance de ce statut national. Il permettra plus de recherches scientifiques, de protection des fonds, mais donnera aussi des garanties de contrôle et de gestion des activités sur un territoire qui n'en manque pas (scooters des mers, pêche, plongée). « Nous actionnons cette protection plus forte pour travailler de manière plus large, avec de la régulation et des quotas. Ce statut va nous permettre d'avoir des agents assermentés pour le contrôle des activités, on a besoin d'un contrôle et d'une surveillance supérieure à ce qu'elle est aujourd'hui », appuie le directeur du milieu marin.
Midi Libre organise les rencontres du littoral le 13 octobre au siège du journal, avec une table ronde consacrée à la question des aires marines protégées. Informations et inscriptions sur lesrencontresdulittoral.fr.