Le périlleux périple des crapauds pour se reproduire
La vie d'un crapaud n'est pas de tout repos, particulièrement à la fin de l'hiver. Alors que les pluies persistent et que le froid demeure mordant, ces batraciens doivent quitter leur habitat forestier pour rejoindre les points d'eau où aura lieu la reproduction. Leur quête amoureuse se transforme souvent en parcours du combattant lorsqu'une route sépare leur lieu de vie de leur zone de reproduction.
Un danger mortel sur l'asphalte
Le crapaud épineux, espèce protégée, ne se déplace qu'à quelques dizaines de mètres par heure et ne possède aucune conscience du danger que représente la traversée d'une chaussée. Même s'il en avait connaissance, que pourrait-il faire ? Son instinct reproducteur prime sur toute considération de sécurité. Ainsi, il traverse imperturbablement les routes goudronnées pour atteindre mares et étangs, au risque de se faire écraser.
« Des dizaines de cadavres qui jonchaient la route », déplore Ingrid Pavard, responsable du service route et bâtiment au conseil départemental d'Ille-et-Vilaine. « On ne pouvait pas rester comme ça, à rien faire », ajoute-t-elle, évoquant les nombreux amphibiens retrouvés morts sur la départementale 35 près de Talensac, à l'ouest de Rennes.
Une mobilisation exceptionnelle pour sauver les batraciens
Face à cette hécatombe silencieuse, le département a pris une mesure radicale : fermer la route depuis le 26 janvier. « On avait des remontées d'habitants depuis quelques années qui nous alertaient. En 2023, on avait mis des panneaux incitant à ralentir. Mais l'an dernier, on a dû mettre une déviation en urgence », explique Ingrid Pavard.
Comme l'année précédente, le département a fait appel à des associations environnementales et à des bénévoles pour organiser des opérations de sauvetage. « Si on ne fait rien, ils disparaîtront », alerte Sébastien Gervaise de la Ligue de protection des oiseaux (LPO). Régis Morel, de l'association Bretagne vivante, renchérit : « C'est une forme de disparition à bas bruit. On ne s'en rend pas compte mais sur plusieurs décennies, ça peut mener à une extinction ».
Plus de mille crapauds déjà secourus
Chaque jour, des bénévoles parcourent la route fermée pour relever des seaux placés le long de bâches qui empêchent les batraciens de traverser. Ils les transportent ensuite vers l'étang voisin, leur destination de reproduction. « En quinze jours, on a déjà recueilli plus d'un millier de crapauds épineux », précise une salariée du conseil départemental.
Les sauveteurs ont également découvert d'autres espèces protégées :
- Tritons alpestres
- Tritons palmés
- Salamandres
- Une première grenouille agile
Ces découvertes soulignent l'importance de cette biodiversité locale, certaines espèces devenant de plus en plus rares. La route devrait rouvrir le 6 mars, une fois la période critique de migration terminée.
Vers des solutions durables pour la faune
Au-delà de l'opération de sauvetage immédiate, cette initiative permet de mieux comprendre les déplacements des batraciens et d'identifier précisément leurs axes de migration. Le département envisage désormais des aménagements pérennes pour permettre aux animaux de se déplacer en sécurité.
Dans le département, deux autres routes jugées particulièrement dangereuses pour la faune ont déjà été équipées de crapauducs - de petits tunnels passant sous la chaussée. Bien que l'impact de ces installations n'ait pas encore été mesuré scientifiquement, elles représentent une solution prometteuse pour concilier circulation humaine et préservation de la biodiversité.
Cette mobilisation collective autour des crapauds d'Ille-et-Vilaine illustre une prise de conscience croissante de la fragilité des écosystèmes locaux et de la nécessité d'agir concrètement pour les préserver.



