Alors que la conférence des Nations Unies sur l'océan (UNOC) s'ouvre ce lundi 9 juin à Nice, avec la participation de 130 pays, la question des aires marines protégées (AMP) est au cœur des débats. En Occitanie, plusieurs projets uniques sont en cours d'étude et de validation, à Agde (Hérault), Banyuls et Cerbère (Pyrénées-Orientales), ainsi qu'au large du parc naturel marin du golfe du Lion (Aude et Pyrénées-Orientales). Le président Macron devrait annoncer de nouvelles mesures pour atteindre l'objectif de 30 % des mers protégées d'ici 2030, contre la surpêche et les pollutions plastique et maritime.
Greenpeace et la pêche au chalut
Fin mai, Greenpeace a déposé quinze rochers de calcaire d'une à deux tonnes dans le parc naturel marin du golfe du Lion pour dénoncer les effets dévastateurs de la pêche au chalut dans les AMP. François Chartier, chargé de campagne océan, justifie cette action : "On a mis ces blocs là où les chalutiers passent racler les fonds, pour faire monter le débat." L'ONG milite pour qu'au moins 10 % de la Méditerranée française soit très strictement protégée, contre 5 % annoncés par l'État. "Le risque des annonces, ce serait une protection forte qui ne serait pas une protection stricte, avec des activités de pêche et de tourisme, on ne protégerait pas assez", avertit-il.
Nécessité d'une vision cohérente
Renaud Dupuy-de-la-Grandrive, président du réseau des gestionnaires des AMP de Méditerranée, nuance : "5 % de protection forte, cela ne paraît pas beaucoup, mais si cela protège la moitié de certains écosystèmes rares et fragiles, cela veut dire quelque chose. Il faut cibler les zones et être cohérent en termes d'écologie et de gestion durable." Il défend depuis trois ans un projet unique : faire passer l'AMP de la côte agathoise de 6 200 hectares (dont 310 hectares de protection renforcée) à une réserve naturelle marine de 7 700 hectares pour 2026. Ce statut permettra de mieux encadrer les activités de pêche ou de plongée et de bénéficier du pouvoir de police de l'environnement en mer.
Extension des réserves existantes
Dans les Pyrénées-Orientales, la réserve naturelle de Cerbère-Banyuls, gérée par le Département, prévoit une extension de 650 hectares (dont 65 hectares ultra-protégés) à 1 680 hectares, avec deux nouvelles zones de protection forte de 35 hectares. Frédéric Cadène, conservateur de la réserve, souligne : "La réserve existe depuis 1974 et nous avons de bons résultats avec des densités de poisson beaucoup plus importantes. Tout le monde s'accorde à dire que la Méditerranée n'est pas en bonne santé, alors, à notre petit niveau, on essaie de limiter cette dégradation." L'enquête publique est attendue après 17 mois de concertation, avec l'accord des pêcheurs.
Implication des pêcheurs et des communes
À Palavas (Hérault), les pêcheurs se sont prononcés pour une zone de 100 hectares sans aucune activité depuis 2016, confirmant les effets "réserve" et de débord avec une faune plus importante. Christian Jeanjean, maire de Palavas, espère que les communes contribueront à augmenter la surface protégée.
Le défi du parc naturel marin du golfe du Lion
Le parc naturel marin du golfe du Lion, avec ses 4 000 km², n'avait pas de réglementation à sa création en 2011. Aujourd'hui, le chalutage y est autorisé, mais la pêche loisir est encadrée et des zones de mouillage créées. Le projet européen vise à créer une zone de protection de 830 km², dont 10 % sanctuarisés sur les canyons rocheux profonds, abritant des récifs de coraux fragiles. Hervé Magnin, directeur du parc, note la complexité du défi : une partie est en zone grise entre la France et l'Espagne, dont les chalutiers sont très présents. "Il faudra que les deux pays se mettent d'accord", espère-t-il, sans attendre "forcément de merveille" de l'UNOC.
Moyens nécessaires pour une protection effective
Delphine Marobin, chargée de mission littoral au parc naturel régional de Camargue, rappelle : "Une zone n'est protégée que s'il y a des gens sur le terrain et des moyens pérennes, sinon ce sont des AMP de papier." Cette mise en garde intervient dans un contexte de restrictions budgétaires.
Pourquoi protéger la Méditerranée est primordial
La protection des océans est liée au dérèglement climatique. Le réchauffement de l'eau a des conséquences désastreuses sur les fonds marins, les coraux et la faune, mais peut aussi favoriser la reproduction de certaines espèces, comme les tortues caouanes en Occitanie. Jérôme Bourjea, scientifique de l'Ifremer, explique : "Les récentes pondaisons, liées aux températures plus élevées, favorisent leur développement. Si on protège bien les habitats, cela pourrait devenir une zone de reproduction."
L'océan joue un double rôle climatique : il absorbe le carbone et produit la moitié de l'oxygène que nous respirons. Renaud Dupuy de la Grandrive insiste : "Le stockage du carbone est essentiel, comme le font nos herbiers de posidonie de Méditerranée. Les protéger contribue à limiter les effets du changement climatique."
Au large des côtes, on peut observer des mammifères et grands cétacés. Thomas Roger, guide naturaliste, emmène les visiteurs depuis le Grau-du-Roi (Gard) à la découverte des grands dauphins, thons, rorquals et oiseaux marins. "Le grand dauphin, c'est un prétexte, il y a tellement d'autres choses à voir", dit-il.



