Le pangolin, mammifère le plus braconné au monde, victime d'un trafic international
Pangolin : le mammifère le plus braconné au monde

Le pangolin, une créature mystérieuse menacée d'extinction

Le pangolin est un petit mammifère nocturne qui habite les forêts d'Afrique et d'Asie. Mesurant de 30 cm à 80 cm du museau à la queue, il est recouvert d'une armure d'écailles qui lui confère une apparence préhistorique. Ses pattes courtes et griffues sont adaptées pour creuser la terre, tandis que sa langue gluante et démesurée, pouvant atteindre 70 cm de long, lui permet de capturer fourmis et termites dans leurs galeries. Pour se protéger des morsures de ses proies, il ferme ses oreilles et ses narines lors de la chasse.

Cet animal présente une ambiguïté fascinante : il ressemble à un reptile par son apparence, mais c'est un mammifère à sang chaud. Cette singularité le place comme un être à la frontière entre les règnes, comme si la nature avait hésité en le créant. Malgré son allure ancienne et son caractère discret, le pangolin est devenu le mammifère le plus braconné au monde, dépassant en nombre les éléphants et les rhinocéros réunis.

Une explosion du trafic international

Le drame du pangolin réside dans son passage de la chasse locale aux circuits opaques du commerce mondial. Une étude internationale publiée en juillet 2017 dans la revue Conservation Letters révèle que son trafic en Afrique a augmenté de 150 % entre 1970 et 2014. Contrairement à l'éléphant, chassé pour des trophées, le pangolin est vendu sur des marchés asiatiques où sa viande est considérée comme un luxe et ses écailles, réduites en poudre, sont utilisées dans des remèdes traditionnels prétendument miraculeux.

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Les chercheurs ont collecté des données provenant de 113 sites répartis dans 14 pays d'Afrique centrale, incluant le Cameroun, la République démocratique du Congo, le Gabon, la République centrafricaine, la Guinée équatoriale et le Congo. Leurs estimations sont vertigineuses : entre 400 000 et 2,7 millions de pangolins seraient capturés chaque année dans les forêts d'Afrique centrale. Avant l'an 2000, les États-Unis étaient parmi les plus gros importateurs de peaux de pangolins, utilisées pour fabriquer des bottes de cow-boy, des ceintures ou des portefeuilles en cuir exotique.

Des mesures de protection insuffisantes

En 2017, la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (Cites) a interdit toute commercialisation des huit espèces de pangolins. Cette interdiction a permis de contenir, mais pas d'arrêter, la vente clandestine vers certains pays d'Asie. Avec la raréfaction des quatre espèces asiatiques, le marché noir s'est déplacé vers les pangolins d'Afrique. Les espèces Phataginus tricuspis, Phataginus tetradactyla, Smutsia gigantea et Smutsia temminckii sont désormais inscrites à l'annexe I du traité, bénéficiant du plus haut niveau de protection. Seules les exportations à but scientifique sont autorisées, sous permis délivré par la convention. La majorité des pays africains avaient déjà des lois nationales interdisant la chasse de ce mammifère.

La viande de pangolin est un mets de luxe très prisé en Chine et au Vietnam, où les restaurateurs paient environ 1 750 euros par animal. De plus, ses écailles se vendent près de 1 000 euros le kilogramme, car on leur attribue le pouvoir de soigner une trentaine de maux, de l'impuissance aux cancers. Pourtant, ces écailles sont principalement composées de kératine, une matière commune présente dans les ongles, les cheveux, le bec des oiseaux ou la corne des animaux. Tant de morts pour une poussière dépourvue de principe actif, mais l'efficacité perçue de ces remèdes repose souvent sur la foi plutôt que sur la science.

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La pandémie de Covid-19 et la reprise du trafic

La pandémie de Covid-19 n'a offert au pangolin d'Afrique qu'un bref répit. Une fois l'hypothèse de son rôle dans la transmission du Sars-CoV-2 écartée et les routes commerciales rouvertes, le trafic a repris de plus belle. Le 26 janvier dernier, dans une maison de Kinshasa, plus d'une tonne d'écailles de pangolin a été saisie – 1 054 kg exactement, tassés dans 35 sacs de 30 kg. Deux hommes ont été arrêtés après plus de six mois d'enquête menée par l'Institut congolais pour la conservation de la nature. Cette cargaison, destinée à la Chine, représentait entre 2 500 et 3 000 pangolins capturés.

Cette découverte n'est pas isolée. En avril 2025, 3,7 tonnes d'écailles avaient déjà été saisies au Nigeria, plaque tournante des trafics en Afrique de l'Ouest. En 2020, Pékin avait retiré le pangolin de la liste principale des composants autorisés dans sa pharmacopée et encouragé l'élevage en captivité, malgré les faibles taux de survie et de reproduction de l'animal. En octobre 2025, une étape supplémentaire a été franchie avec le retrait officiel du pangolin de tous les textes de la médecine traditionnelle chinoise. Cependant, l'effet de cette décision reste incertain en l'absence de caractère contraignant. Tant que son commerce ne sera pas interdit sur le marché domestique chinois, le pangolin continuera d'être traqué impitoyablement.