Un an après les inondations dévastatrices qui ont ravagé le sud de Valence et causé la mort de 229 personnes, la reconstruction avance lentement dans un climat de colère persistante. Les stigmates de la catastrophe demeurent, et les habitants réclament des comptes.
Paiporta, ville martyre
À Paiporta, la ville la plus endeuillée avec 56 victimes, les engins de terrassement s'activent pour reconstruire les berges du ravin. Des rez-de-chaussée sont murés, des façades éventrées, des maisons encore abandonnées. Sur un mur, une ligne au marqueur noir rappelle que l'eau est montée à 2,35 mètres.
Sédaví : un retour progressif à la normale
À Sédaví, la situation s'améliore peu à peu. Après onze mois d'attente, Fernando Hernica a enfin retrouvé sa maison. "On ne s'est jamais dit qu'on avait perdu notre maison. C'est notre foyer qui avait disparu. Alors revenir ici, retrouver la chaleur de la maison, faire des choses en famille... voilà ce dont on avait besoin", confie cet ouvrier de l'industrie automobile. Mais le traumatisme reste vif : "Il y a quelques jours, on a eu de nouveau des alertes pour risque d'inondation. Ça a ravivé de très mauvais souvenirs et les enfants étaient terrorisés !"
La grande zone commerciale a rouvert, tout comme le McDonald's, le Carrefour et la ligne de train vers Valence. À Benetússer, la place de la Fusta est redevenue un jardin paisible grâce au financement d'une mécène. "En apparence, on peut dire que ça va mieux. Mais je vais encore chez le psychologue", témoigne Juan Ferrando. Il retient surtout la solidarité : "On s'est tous entraidés. J'ai perdu une bonne partie de ma maison, mais j'ai reçu un soutien moral de mes voisins qui vaut plus que n'importe quelle aide économique."
Des infrastructures encore défaillantes
Beaucoup reste à faire : près de 900 ascenseurs sont encore hors service. La colère ne faiblit pas, notamment contre le gouvernement régional, responsable de la protection civile. Les alertes téléphoniques sont arrivées trop tard, alors que près de 150 personnes étaient déjà mortes. Les secours ont mis des heures à intervenir. Aucune démission n'a été enregistrée, pas même celle du président conservateur Carlos Mazón, resté injoignable tout l'après-midi du drame.
"Quand j'ai reçu l'alerte, j'avais déjà de l'eau jusqu'à 1m70 chez moi. Je me suis sauvée par miracle ! Ils n'ont pas su nous avertir et ne sont pas venus nous secourir : ils doivent en assumer les conséquences. Il ne peut pas y avoir de reconstruction s'il n'y a pas de justice", dénonce Pepa Ferrer de l'association des victimes. "Un an après, je n'ai pas peur de l'eau, mais des politiques qui nous gouvernent."
Même colère chez Sebastian Pedrosa, qui a sauvé onze personnes : "Personne ne nous a demandé d'évacuer. Et pendant quatre jours, personne n'est venu alors qu'il y avait des cadavres dans les rues."
Un conflit politique persistant
Le gouvernement central de Pedro Sánchez est aussi critiqué pour son manque de réaction. De Madrid à Valence, chacun se renvoie la balle. "Les partis politiques continuent de jouer avec les inondations comme s'il s'agissait d'un match de tennis", déplore Pepa Ferrer. Après une manifestation monstre samedi, la colère risque d'éclater à nouveau lors des funérailles d'État en présence du roi Felipe VI, marquant le premier anniversaire de la catastrophe.



