Inondations en Charente-Maritime : un paradoxe bénéfique pour la biodiversité aquatique
Après des semaines de précipitations diluviennes qui ont submergé de vastes territoires du département, les conséquences sur la faune aquatique et terrestre se révèlent, un mois et demi plus tard, étonnamment positives. À la Fédération de pêche de Charente-Maritime, basée à Saintes, on observe avec un certain soulagement que les inondations ont finalement profité à la vie aquatique.
Une reproduction optimale pour les poissons
David Cazaubon, chargé de mission à la fédération, explique sobrement : « Pour la vie aquatique, le phénomène est plutôt bénéfique. » Tout au long du mois de février, les cours d'eau se sont échappés de leurs lits, s'étalant sur des kilomètres carrés, particulièrement dans la vallée de la Charente où les prairies basses ont été noyées à perte de vue.
Ce contexte a été favorable à la reproduction de nombreuses espèces de poissons, notamment le brochet qui disperse ses œufs sur des secteurs temporairement submergés. « La reproduction a des chances maximales de succès si la submersion dure au moins quarante jours sur des zones de faible profondeur, entre vingt centimètres et un mètre au maximum », détaille David Cazaubon. Les conditions ont été idéales cet hiver, avec une température de l'eau comprise entre 6°C et 12°C.
Les techniciens ont observé des juvéniles de brochet sur le bassin-versant de la Charente en fin de crue, un indice très favorable. D'autres espèces communes comme la carpe et la tanche ont également profité des prairies inondées pour se reproduire.
Les migrateurs et les espèces terrestres
Les poissons migrateurs comme l'anguille ont tiré profit de la période pour progresser vers l'amont ou vers l'aval sans se heurter aux écluses, ouvertes pour écrêter la crue. Quant aux poissons piégés dans des poches d'eau à la décrue, ils représentent les malchanceux d'un phénomène globalement favorable.
Fabien Mercier, responsable du service connaissance et conservation à la LPO Poitou-Charentes, applique un raisonnement similaire aux batraciens et aux mammifères terrestres inféodés à l'eau, comme la loutre. « La crue est progressive en plaine, elle ne prend pas les animaux de vitesse. Il ne s'agit pas d'une crue de montagne qui emporte tout sur son passage », explique-t-il.
Des reptiles perturbés mais une nidification préservée
Les espèces les plus menacées par les inondations sont probablement les reptiles. Les serpents, qui dorment habituellement à cette période de l'année, ont dû trouver l'énergie nécessaire pour gagner de la hauteur. Les petits rongeurs comme le campagnol des champs ont également été perturbés, les exposant davantage à leurs prédateurs.
Point essentiel : l'irruption des paysages de crue en plein hiver ne compromet pas la reproduction des oiseaux. « Les oiseaux aquatiques qui font leur nid dans la végétation, comme les foulques et les canards, n'avaient pas démarré leur reproduction », poursuit Fabien Mercier. Le calendrier des inondations n'a pas non plus dérangé la reproduction des mammifères qui élèvent leurs petits dans des terriers au sec.
Une régénération des écosystèmes
Au final, peu de spécialistes s'inquiètent des impacts néfastes des inondations de 2026 en Charente-Maritime. « La crue remobilise les sédiments des cours d'eau et elle apporte des nutriments sur les prairies. Elle permet à des frayères qui ne sont pas inondées tous les ans de fonctionner », résume David Cazaubon.
Les milieux naturels tirent bénéfice du mouvement de balancier des eaux, même si les terres agricoles voient leur couche supérieure souvent décapée et emportée par le courant. Marie Bomare de Nature Environnement 17 regrette cependant qu'un tiers des zones humides concernées soient drainées, alors qu'elles ralentissent le cycle de l'eau.
Le débat sur la préservation de ces zones humides, particulièrement importantes en Charente-Maritime sujette aux inondations, reprendra certainement à la prochaine crue.



