Hervé Pietra : sauver les palmiers du charançon rouge à Toulon
Hervé Pietra : sauver les palmiers du charançon rouge

Quatorze ans après la création de son association « Sauvons nos palmiers », Hervé Pietra, expert conseil dans la lutte contre les insectes ravageurs par le piégeage et l'assainissement mécanique, continue de défendre des plantations diversifiées non sujettes aux attaques. Il a conservé l'essentiel de sa population de palmiers dans sa propriété familiale du Cap Brun, à Toulon, qui compte une quarantaine de phoenix canariensis.

Un combat personnel contre deux ravageurs redoutables

Hervé Pietra a fait sienne la lutte contre les deux ennemis du palmier : le charançon rouge invasif (Rhynchophorus ferrugineus), un coléoptère très vorace, et le papillon paysandisia archon, un lépidoptère. C'est en 2012, après avoir été informé par la mairie de Toulon de l'existence du charançon rouge, qu'il décide d'agir. « Je constate que dans ma propriété des palmiers sont attaqués par cet insecte ravageur. Je me suis dit : il faut agir », raconte-t-il.

L'association, aujourd'hui en sommeil, a été très active, atteignant jusqu'à 500 membres propriétaires fonciers. Son site, visité jusqu'à 284 000 personnes, offrait une veille documentaire unique en France. En tant que représentant des propriétaires, l'association était en contact avec le ministère de l'Agriculture, les collectivités, les représentants de la Commission européenne et de la recherche, et siégeait au sein du comité de pilotage du charançon rouge des palmiers.

Le piégeage massif, une stratégie revendiquée

Hervé Pietra revendique une approche différente de l'endothérapie, qu'il a refusée : « J'étais contre, car cela faisait des trous, des nécroses. À terme cela avait pour conséquence de faire disparaître le palmier. » Il précise ne pas contester les résultats obtenus par les villes ayant pratiqué des injections, mais il croit au piégeage massif. « J'ai acheté un millier de pièges originaires de Chine avec la bonne phéromone », explique-t-il.

L'association s'est également adossée, il y a une quinzaine d'années, à la firme M2I Life Science, dirigée par Philippe Guerret, devenue premier fabricant mondial dans la protection biologique des cultures. Selon Hervé Pietra, « il y a des solutions qui marchent pour les sauver comme l'assainissement mécanique qui est un travail de spécialistes ». Il insiste sur la méthode : « Assainir ne signifie pas couper toutes les palmes. Il faut aller au cœur et descendre dans les galeries avec un fil de fer. C'est un travail de chirurgien. »

Vers une reconnaissance du palmier comme patrimoine européen

Une question récente posée par un conférencier scientifique pourrait changer la donne. Didier Roguet, palmologue et conservateur honoraire du Jardin Botanique de Genève, a animé une conférence à Hyères sur le palmier comme élément du patrimoine européen. Hervé Pietra, qui n'a pas pu y assister mais connaît le directeur du jardin, Fred Stauffer, espère que cette reconnaissance permettra à son association de connaître des formes de renouveau.

Pour Hervé Pietra, avec le changement climatique, le palmier, qui résiste aux fortes températures, a sa place dans l'espace public. « Avec un mélange d'un système intelligent de piégeages et certains produits qui sont autorisés - attention pas de néonicotinoïdes - on doit y parvenir », affirme-t-il. Il souligne l'importance de la diversification : « On pourrait faire la promotion d'autres types de palmiers (nous en avons 2500 variétés !), une fois vérifié qu'ils résistent mieux comme le dactyliféra, connu sous le nom de palmier dattier. »