Gironde : l'obligation de tuer le silure divise pêcheurs et autorités
Gironde : obligation de tuer le silure divise pêcheurs

Une décision préfectorale historique en Gironde

Le 11 février 2026, la préfecture de Gironde a pris une mesure sans précédent en France : l'interdiction formelle de relâcher vivant le silure dans les grands cours d'eau du département. Cette décision concerne spécifiquement la Garonne, la Dordogne, la Leyre et tous leurs affluents, où pêcheurs amateurs et professionnels ont désormais l'obligation de « supprimer » ce poisson capturé.

Un prédateur menaçant pour la biodiversité

Le silure, originaire d'Europe de l'Est et présent dans les eaux girondines depuis 1983, est accusé de menacer sérieusement la survie des espèces migratrices en voie d'extinction. Avec une taille pouvant atteindre 2,60 mètres et une longévité exceptionnelle de 70 ans, ce prédateur opportuniste possède un appétit vorace.

« Le silure pourrait donner le coup de grâce aux espèces migratrices déjà fragilisées », explique David Dubreuil, technicien à la Fédération de pêche de la Gironde. Des études scientifiques ont révélé que les estomacs des silures contenaient des lamproies, saumons, esturgeons et aloses – toutes espèces protégées.

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La colère des pêcheurs traditionnels

Cette décision préfectorale ne fait pas l'unanimité parmi les passionnés de pêche. Alex Fabris, propriétaire d'un magasin de pêche à Saint-Macaire, s'insurge : « L'animal paie un lourd tribut, c'est un bouc émissaire. Cette décision est une hérésie ». Comme de nombreux pratiquants du « no kill », il avait l'habitude de relâcher ses prises.

Julien Pauilhac, président de l'association Le Barbillon caudrotais, exprime son incompréhension : « Obliger quelqu'un à tuer un poisson, c'est bizarre. Comment cela va-t-il être contrôlé ? Et il n'est pas question de faire ça devant des enfants ».

Des techniques de mise à mort controversées

Les autorités n'ont pas donné de consignes précises sur la méthode d'euthanasie, se contentant d'interdire l'abandon des corps sur les berges et l'agonie par asphyxie à l'air libre. Un spécialiste suggère la technique la plus simple : étourdir l'animal avec un coup de gourdin, puis lui arracher les branchies avant de retirer les viscères.

Nicolas Baviello, président du Gardon monségurais, tempère : « Je suis pour la régulation des espèces, mais là c'est un peu excessif. Ce sera au bon vouloir des pêcheurs mais les pro-silure ne le tueront pas ».

Un contexte scientifique alarmant

Jean Martin, technicien à la Fédération de pêche de Gironde, précise que les premiers silures introduits dans les années 1980 ont aujourd'hui atteint l'âge de 40 ans, se trouvant dans la pleine force de l'âge. Ces prédateurs intelligents apprennent et s'adaptent tout au long de leur longue existence.

La préfecture de Gironde et la Direction départementale des territoires sont catégoriques : « L'impact du silure sur les poissons migrateurs est désormais incontestable au vu des études scientifiques ». Les espèces migratrices souffrent déjà de multiples facteurs – pollution, obstacles sur les cours d'eau, dérèglement climatique – et le silure représenterait une menace supplémentaire potentiellement décisive.

Vers un classement national controversé

Le ministère de la Transition écologique, inquiet de la situation, a lancé une consultation du 14 février au 16 mars 2026. Son projet vise à classer le silure comme « espèce susceptible de provoquer des déséquilibres biologiques » au niveau national, une catégorie rejoignant déjà celle du poisson-chat, du crabe chinois, de l'écrevisse américaine et du goujon asiatique.

Les défenseurs du silure contestent vigoureusement cette approche. Alex Fabris argumente : « Le silure est cannibale, les gros mangent les petits ; l'espèce s'autorégule ! ». Pour les opposants à la mesure, cette décision représente une rupture avec les pratiques traditionnelles de pêche respectueuse de l'environnement.

Les contrevenants s'exposent à une amende de classe 3 pouvant atteindre 450 euros, créant une situation inédite où les pêcheurs se retrouvent contraints de tuer un animal qui n'est même pas classé comme nuisible selon la réglementation en vigueur.

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