Frelons asiatiques : les apiculteurs azuréens démunis face au carnage
Frelons asiatiques : les apiculteurs azuréens démunis

Dans les Alpes-Maritimes, les apiculteurs assistent, impuissants, à la destruction de leurs ruches par le frelon asiatique. Filets, grillages électrifiés, pièges : aucun dispositif ne semble pouvoir arrêter l'hécatombe, témoignent des professionnels qui se sentent abandonnés, « plus que les éleveurs ovins face au loup ».

Un fléau qui s'aggrave depuis 2022

« Le frelon asiatique est présent dans le département depuis 15 ans, mais jusqu'en 2022, les dégâts sont restés à une petite échelle », explique Jean-Louis Lautard, président du Syndicat des miels de Provence, qui compte 320 fermes adhérentes. La présence de quelques frelons autour d'une ruche suffit à dissuader les abeilles d'aller butiner, ce qui fait chuter la production de miel et fragilise les essaims en limitant la capacité de ponte de la reine.

Désormais, les frelons colonisent tout et « les ruches sont en train de mourir ». Une apicultrice a ainsi perdu la moitié d'un rucher en une semaine dans le massif de Tanneron, sur les hauteurs au nord-ouest de Cannes. Dans le département, le Groupement de défense sanitaire de l'abeille, qui réunit professionnels et amateurs, perd depuis 2020 environ 10 % d'adhérents désabusés par an, selon son président Philippe Maure, qui évoque « un effondrement parallèle du nombre de ruches ».

Un plan national jugé insuffisant

Face à ce fléau, le gouvernement a annoncé le 16 septembre la mise en place d'un plan de lutte, voté par le Parlement en 2025. Il prévoit un pilotage national pour le piégeage des fondatrices de nids au printemps, la destruction de nids jusqu'à l'automne et la réduction du stress des abeilles. Mais l'enveloppe prévue cette année au niveau national est limitée à trois millions d'euros. Or, rien que pour les Alpes-Maritimes, le conseil départemental a dû aligner 1,5 million d'euros pour la destruction de plus de 6 400 nids entre 2014 et 2024.

Jugé trop coûteux, le dispositif est désormais limité aux nids repérés à moins de 1,5 km d'un rucher. « Le frelon asiatique est devenu une difficulté majeure pour les apiculteurs, comme le loup pour les éleveurs ovins », insiste M. Lautard, relevant que le plan national ne prévoit toujours pas d'indemnisation des producteurs touchés. « Nous subissons la menace d'un prédateur dont tout le monde se fiche », déplore-t-il, alors que le frelon détruit toute la biodiversité en dévorant aussi coccinelles, papillons, sauterelles, etc.

Des harpes électriques en test à Cannes

Introduit en 2004 dans le Lot-et-Garonne, probablement après l'importation de poteries de Chine, le frelon asiatique est aujourd'hui présent dans tous les départements hexagonaux. C'est un grand prédateur d'insectes, en particulier d'abeilles domestiques. En attendant une solution, des apiculteurs expérimentent des dispositifs sur un terrain agricole loué à la ville de Cannes, sous l'égide de l'Association pour le développement de l'apiculture provençale (Adapi).

Il y a trois ans, ils avaient tendu des filets au-dessus des ruches, mais les frelons ont tout détruit. Cette année, des carrés de grillages électrifiés, baptisés harpes électriques, ont été positionnés près des ruches pour choquer les frelons qui passent et les dissuader de revenir. Quelques frelons rôdent encore autour de la trentaine de ruches protégées, mais les abeilles vont et viennent en nombre. Dans la zone non protégée, à quelques dizaines de mètres, elles sont beaucoup plus rares, et plusieurs ruches sont entièrement envahies.

Cependant, les harpes électriques coûtent 50 euros par ruche, soit le tiers du prix d'un essaim, un coût difficile à supporter quand les revenus de production sont déjà en chute libre. Elles exigent aussi une maintenance très régulière : lundi matin, le passage d'un petit animal avait arraché des fils, et la moitié des harpes de la parcelle protégée ne fonctionnait plus. Or, les frelons n'ont besoin que de quelques jours pour anéantir une ruche.

Des études scientifiques réclamées

« Il n'y a pas encore de solution opérationnelle et satisfaisante », se désole M. Lautard, réclamant des études scientifiques plus poussées sur le frelon. Pascal Jourdan, président de l'Adapi, dont l'un des rôles est d'accompagner les nouveaux apiculteurs, exprime un cas de conscience : « Installer des jeunes, c'est problématique. On ne sait pas si on ne les envoie pas au casse-pipe. »