Dix planeurs sous-marins autonomes ont été déployés ce mercredi 17 juin 2026 depuis Villefranche-sur-Mer. Pendant un mois, ces drones exploreront la Méditerranée entre la Côte d'Azur et la Corse. Cette mission scientifique inédite est portée par le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et financée par le plan France 2030, pour un montant total de 11 millions d'euros. L'objectif est de mieux comprendre la biodiversité marine et de contribuer à la création d'un Atlas environnemental des océans profonds.
Pourquoi cette mission maintenant ?
Cette mission s'inscrit dans un contexte d'accélération du changement climatique, dont les effets sont particulièrement visibles en Méditerranée. Particulièrement sensible au réchauffement, elle connaît déjà des épisodes de chaleur marine de plus en plus marqués. Les scientifiques cherchent à mieux comprendre l'évolution des courants, des masses d'eau et des écosystèmes afin d'améliorer le suivi de ces bouleversements. L'opération répond également aux priorités scientifiques définies par l'État. « De grands organismes de recherche comme le CNRS ou l'Ifremer émettent des appels d'offres techniques pour la réalisation des campagnes. Nous avons répondu car notre entreprise possède le savoir-faire requis pour mener des opérations de cette envergure », explique Laurent Beguery, directeur scientifique d'Alseamar. Le prix d'un planeur est estimé à 250 000 euros.
Pourquoi déployer le projet à Villefranche-sur-Mer ?
La France dispose d'un important réseau de recherche océanographique et de l'une des plus vastes zones maritimes du monde. Le projet s'appuie sur l'expertise de l'Institut de la mer de Villefranche, placé sous la double tutelle de Sorbonne Université et du CNRS. « La Méditerranée, mer semi-fermée, subit le réchauffement climatique de manière encore plus accélérée », souligne Laurent Béguery. « L'axe Nice-Calvi présente un intérêt majeur car il permet de surveiller l'intensité et la largeur du courant Ligure. De plus, cette zone se trouve dans la réserve du sanctuaire Pelagos, un espace crucial pour l'observation des mammifères marins comme les cachalots », ajoute Félix Margirier, océanographe chez Alseamar.
Comment ça marche ?
Les dix drones déployés en Méditerranée sont des planeurs sous-marins autonomes SeaExplorer. Contrairement à un sous-marin classique, ils n'utilisent pas d'hélice mais modifient leur flottabilité pour descendre puis remonter dans l'eau, ce qui leur permet de parcourir de longues distances avec une faible consommation d'énergie. Ils collectent des données jusqu'à 1 000 mètres de profondeur puis les transmettent par satellite lorsqu'ils refont surface.
Comment se pilotent les drones sous-marins ?
Depuis la terre, les équipes suivent les drones en temps réel. « Nous contrôlons la direction dans laquelle il va, la profondeur, et la vitesse », explique Félix Margirier. Les consignes sont envoyées par satellite sous forme de lignes de commande informatiques. La principale innovation réside dans la gestion collective de la flotte : les chercheurs coordonnent les déplacements des dix appareils afin qu'ils fonctionnent comme un réseau mobile d'observation de l'océan.
Quel bénéfice pour la recherche ?
Une flotte de dix drones permet d'observer simultanément une vaste zone marine, contrairement à un seul appareil limité à une trajectoire précise. « Cela permet de couvrir une zone spatiale beaucoup plus importante et d'observer des structures spécifiques comme des tourbillons océaniques », explique Laurent Béguery. Cinq drones étudient les courants et les mouvements des masses d'eau tandis que cinq autres sont équipés pour l'acoustique sous-marine. « Ils mesurent en premier lieu le bruit anthropique, principalement celui généré par le trafic maritime », souligne le spécialiste. Ces planeurs permettent également de détecter et localiser les grands cétacés.
À qui serviront les données collectées ?
Les données recueillies permettront de mieux comprendre le fonctionnement de l'océan et d'alimenter des modèles scientifiques utilisés pour prévoir son évolution ainsi que certains phénomènes climatiques. « Elles servent principalement aux chercheurs pour étudier des processus océaniques à petite échelle ou sur de longues périodes », explique Félix Margirier. Les informations seront transmises à la plateforme océanographique Coriolis, qui centralise et diffuse les observations marines. « Le planeur transmet directement ses données à la plateforme Coriolis, qui les partage ensuite avec Météo France pour alimenter leurs modèles météorologiques », précise le spécialiste. Une fois validées, les données seront librement accessibles à la communauté scientifique internationale et contribueront à la création d'un Atlas environnemental des océans profonds.



