La cistude d'Europe, une tortue en péril dans le centre-ouest de la France
Fin mars, les spécialistes de la cistude d'Europe, une tortue semi-aquatique qui survit par poches dans le département de la Charente-Maritime, se sont retrouvés sur la réserve de la Massonne. Les nouvelles ne sont pas rassurantes, illustrant l'effondrement plus large de la faune sauvage dans la région.
Un déclin alarmant des populations
Pour qui souhaite illustrer l'effondrement de la faune sauvage, les exemples ne manquent pas. Du vison d'Europe à l'outarde canepetière, le cortège du vivant qui s'ébroue depuis des temps immémoriaux dans le centre-ouest de la France subit une érosion aussi spectaculaire que celle du trait de côte sur le littoral. Dans le peloton de tête de ce triste palmarès, la cistude d'Europe figure en bonne place.
Espèce méditerranéo-atlantique, elle pousse jusqu'au nord de la Charente-Maritime et se prélasse aussi dans les étangs de la Brenne, à l'est de Poitiers. Longue d'une quinzaine de centimètres, piquetée de jaune, elle est considérée comme l'une des trois tortues présentes à l'état naturel dans l'hexagone, avec la tortue d'Hermann et l'émyde lépreuse.
Inféodée à l'eau douce, elle cumule les facteurs de risque : perte et fragmentation d'habitat, mortalité sur les routes, destruction des nids, pollution… « Le plus gros destructeur de cistudes adultes, c'est nous, l'espèce humaine », pose Olivier Roques, le responsable scientifique de la réserve naturelle régionale de la Massonne.
Une réunion d'experts pour sonner l'alarme
Celle-ci s'étend désormais sur des terrains privés de plus de deux cents hectares de landes et de marais, de Saint-Sornin à La Gripperie-Saint-Symphorien, entre Saintes et Marennes. La cistude d'Europe fait son nid au sec, dans des terrains sablonneux de préférence.
Interrompu par un cigogneau qui craquète non loin, l'homme s'exprime depuis la tour de Broue, plantée sur un éperon rocheux qui offre un panorama somptueux sur le marais de Brouage et sa parure de jonquilles. Il est en compagnie d'à peu près tout ce que la France compte d'experts de la cistude d'Europe, rejoints par des naturalistes d'Allemagne et de Belgique. L'aréopage est réuni à l'occasion de deux « journées techniques » consacrées à l'animal.
Les effectifs en nette baisse
Organisé par Nature Environnement 17 et la Société herpétologique de France, ce rendez-vous se tenait pour la première fois à Rochefort, les 26 et 27 mars. La Charente-Maritime a quelques arguments à faire valoir. La cistude prospère dans le réseau aquatique du marais de Brouage. Un environnement propice aux reptiles et aux amphibiens. On recense 14 espèces différentes dans la réserve de la Massonne.
La cistude est également présente par poches reliques dans la vallée de l'Arnoult et celles de la Seugne et de la Charente. Son autre territoire d'élection prend place dans la Double, à la convergence de la Charente, de la Charente-Maritime et de la Gironde, où un chapelet de pièces d'eau lui offre gîte et couvert. Mais les populations de cistude ne voyagent pas entre ces différentes colonies. La faible allure de croisière de l'animal n'est pas en cause. Plutôt l'impossibilité matérielle de franchir les obstacles dont l'homme a hérissé la route.
Une mare pédagogique a été aménagée au pied du coteau de Broue. On y trouve des grenouilles et des salamandres, mais pas trace de cistude. « La proportion de juvéniles a été divisée par deux, elle est descendue à 8 %, ce qui est très bas », signale Olivier Roques.
Une vulnérabilité accrue aux stades précoces
Dans l'ancien golfe des Santons, la tortue vit dans les canaux mais niche sur des endroits secs, les anciennes îles et les coteaux, où elle dépose ses œufs. Sa santé suscite les plus vives inquiétudes dans les rangs de ses sympathisants. « Une étude précise sur sa démographie avait été effectuée il y a plus de trente ans. Elle a été réitérée récemment. La population a diminué de 25 % entretemps. Et la proportion de juvéniles a été divisée par deux, elle est descendue à 8 %, ce qui est très bas », signale Olivier Roques.
C'est à son stade juvénile que la cistude d'Europe est la plus vulnérable. Quand sa carapace est encore molle, elle peut être prédatée par toute une gamme de gloutons de passage, comme les sangliers qui colonisent le marais. Ou par les échassiers et les hérissons. Adulte, elle est occasionnellement piétinée par les bovins et les chevaux, et considérée comme un jouet par les chiens. La loutre la consomme en opportuniste, quand elle n'est pas occupée à faire une razzia d'écrevisses de Louisiane.
Des efforts de conservation ciblés sur les nids
Face à cette tendance inquiétante, l'équipe de la réserve de la Massonne se concentre sur la protection des nids. Sur les pentes de la presqu'île de Broue, elle s'efforce de rouvrir des milieux envahis par les ronces et les ligneux. Des milieux qui étaient naguère des pelouses favorables à la ponte, grâce à l'élevage des moutons. « L'enjeu, c'est de disperser au maximum les lieux de ponte pour réduire leur vulnérabilité », poursuit Olivier Roques.
La cistude d'Europe ne facilite pas vraiment le travail de ses sauveteurs. Elle trouve le moyen de gratter des chemins carrossables pour y laisser ses œufs. On connaît des maternités à l'environnement plus sûr. Mais pour aider à la reproduction de la tortue, encore faut-il trouver ses nids. Un travail de bénédictin au résultat aléatoire. Pour sauver la biodiversité, il faut y croire.



