Le Conseil d'État suspend la chasse au lagopède alpin pour cinq ans
Chasse au lagopède suspendue pour cinq ans par le Conseil d'État

Le Conseil d'État impose un moratoire de cinq ans sur la chasse au lagopède alpin

Dans une décision rendue ce lundi, le Conseil d'État a enjoint au gouvernement de suspendre immédiatement la chasse au lagopède alpin, également connu sous le nom de perdrix des neiges, pour une période de cinq ans. La plus haute juridiction administrative française estime que cette pratique cynégétique n'est pas compatible avec les efforts de conservation de cette espèce dont les populations ne cessent de décliner de manière alarmante.

Une injonction formelle adressée au gouvernement

Le Conseil d'État a spécifiquement « enjoint à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité [...] de prendre un arrêté suspendant la chasse du lagopède alpin sur l'ensemble du territoire métropolitain pour une durée de cinq ans ». Cette mesure doit être mise en œuvre dans un délai de deux mois à compter de la notification officielle de la décision, marquant ainsi une étape significative dans la protection de cette espèce vulnérable.

Cette décision fait suite à un recours déposé par plusieurs associations environnementales de premier plan, dont la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO), One Voice et le Comité écologique ariégeois. Ces organisations avaient saisi la justice après avoir multiplié les demandes infructueuses auprès du gouvernement pour obtenir la suspension d'un arrêté autorisant la chasse du lagopède dans trois départements français.

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Une espèce en grave déclin sur le territoire national

Le lagopède alpin, essentiellement présent dans les régions arctiques et boréales d'Europe du Nord, ne subsiste en France que dans des populations isolées et fragmentées des Alpes et des Pyrénées. Cette espèce, protégée par la directive Oiseaux de l'Union européenne, fait face à une double menace :

  • Les impacts du changement climatique qui modifient son habitat alpin
  • Les pressions anthropiques, dont la chasse, qui fragilisent ses populations déjà réduites

Le Conseil d'État rappelle avec fermeté que, conformément aux textes en vigueur, la chasse de cet oiseau « doit être réglementée de manière que le nombre maximal d'oiseaux chassés ne compromette pas les efforts de conservation de l'espèce dans son aire de distribution ». Les données scientifiques présentées à la juridiction démontrent sans équivoque que la population de lagopèdes alpins a diminué de façon sensible au cours des deux dernières décennies, particulièrement dans la région des Alpes où le déclin est le plus marqué.

Un risque élevé de disparition dans plusieurs régions

Les chiffres sont particulièrement préoccupants : depuis 1950, le lagopède alpin a déjà disparu de 33% des communes des Alpes et de 21% des communes des Pyrénées où il était historiquement présent. Cette érosion territoriale conduit à une situation critique où « l'espèce connaît désormais un risque élevé de disparition aux marges de son aire de distribution, dans les Pyrénées, les Préalpes du nord et les Alpes du sud ».

Même dans les Alpes internes du nord, qui constituent le cœur de son aire de distribution actuelle et concentrent les populations restantes, l'espèce apparaît profondément fragilisée. Face à ce constat accablant, le Conseil d'État conclut que « il n'apparaît pas, à la date de la présente décision, que la chasse du lagopède alpin soit compatible avec les efforts de conservation de l'espèce ».

Les associations environnementales saluent une décision historique

Allain Bougrain Dubourg, président de la LPO, et Muriel Arnal, présidente de One Voice, ont exprimé leur satisfaction dans un communiqué commun, qualifiant cette décision de « forte » et saluant le « peu de répit » qu'elle va accorder aux lagopèdes alpins. Les deux responsables associatifs ne se contentent pas de cette victoire et réclament désormais des moratoires similaires pour les autres espèces menacées encore chassées sur le territoire français, ouvrant ainsi la voie à une réflexion plus large sur la compatibilité entre pratiques cynégétiques et préservation de la biodiversité.

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Cette décision du Conseil d'État marque un tournant dans la protection des espèces menacées en France, établissant un précédent juridique important qui pourrait influencer les futures politiques de conservation de la biodiversité dans l'hexagone.