Cap-d'Ail : 60 espèces de poissons recensées dans le port
Cap-d'Ail : 60 espèces de poissons dans le port

Le port de Cap-d'Ail, fort de ses 260 postes d'amarrage, pourrait figurer parmi les ports les plus riches en biodiversité de la région. Une étude menée cet été par Emma Chapeyron, étudiante ingénieure agronome en stage dans la société du port, a recensé 60 espèces de poissons et une quarantaine de variétés florales ou de crustacés, dont plusieurs espèces patrimoniales.

Un inventaire inédit pour le port

Emma Chapeyron, étudiante montpelliéraine, a été contactée par le port de Cap-d'Ail pour approfondir le sujet. « Quand j'ai fait mes recherches, j'ai été étonnée de voir qu'il y avait très peu d'études de ce style qui ont été réalisées dans les autres ports donc on a très peu d'informations pour comparer », regrette-t-elle. Le port, qui doutait de la richesse de sa biodiversité, n'avait pas de support scientifique pour le démontrer.

Depuis 2012, le port mène des actions en faveur de la biodiversité, comme l'installation d'une cinquantaine de biohuts, ces nurseries pour poissons qui remplacent les refuges naturels disparus à cause de l'artificialisation de la côte. Peter Murray-Kerr, directeur du port depuis bientôt deux ans, explique : « J'ai grandi autour de ce port dans les années 1980 où il n'y avait presque pas de bateaux et ce qui m'a marqué c'est qu'on voit qu'il y a plus de vie à la surface aujourd'hui qu'à l'époque. On n'avait pas le temps ni les connaissances scientifiques pour en savoir plus. »

Des espèces remarquables et un corail rare

L'étude, réalisée fin juillet avec un bureau d'études, a mobilisé des biologistes plongeurs professionnels pour une investigation sous-marine d'une demi-journée. Le recensement a révélé 60 espèces de poissons et une quarantaine de variétés florales ou de crustacés. Parmi elles, quatre espèces patrimoniales : le mérou royal, le mérou brun et le corb, ainsi qu'une cladocore en touffe, un corail endémique et protégé, bon pour l'oxygénation des fonds marins. « On a six colonies dans le port, ce qui est assez rare », souligne Emma Chapeyron. Selon le Centre scientifique de Monaco, ce corail a également été retrouvé dans le port de la Rague à Mandelieu, ainsi qu'à Toulon.

Une qualité d'eau expliquée par la topographie

La présence de ces espèces s'explique par la qualité de l'eau, selon Peter Murray-Kerr. Plusieurs facteurs entrent en jeu : un protocole pour éviter la pollution, un bassin versant assez réduit, et une topographie particulière. « Comme à Monaco, Cap-d'Ail est au pied de la Tête de chien. Ailleurs dans les Alpes-Maritimes, les montagnes sont un peu plus en retrait. Ici, lorsqu'il pleut, on n'a que la pollution terrestre de la Turbie », détaille-t-il. Le port n'est pas non plus à proximité d'une embouchure de fleuve, ce qui évite les pollutions courantes dans d'autres ports.

La profondeur joue également un rôle : « On se trouve au bord d'une falaise sous-marine. Dès l'entrée du port, on a entre 20 et 30 mètres de profondeur. Il n'y a pas dans la région en France de port avec plus de profondeur », affirme le directeur. Enfin, le courant circulaire du port, avec une ouverture de 68 mètres et une évacuation des eaux pluviales sous le chantier naval, favorise le renouvellement de l'eau.

Des pancartes et une vigilance accrue

Suite à cette étude, le port de Cap-d'Ail va installer des pancartes dès le mois d'octobre tout le long du quai Est pour informer le grand public sur l'écosystème présent. Une vigilance accrue sera également de mise pour les futurs travaux. « Il faudra qu'on fasse attention avec un protocole adapté pour préserver ces espèces. De toute manière, on prend toujours des dispositions dès qu'on entreprend des travaux au contact de l'eau », assure Peter Murray-Kerr.

Ce premier inventaire devrait être suivi d'autres pour constater l'évolution de l'écosystème marin. « On pourra peut-être en faire à différents moments de l'année. En tout cas, on en fera un tous les 4 ou 5 ans maximum », conclut le directeur du port.