Saumon d'élevage : la surpêche cachée dans nos supermarchés
Saumon d'élevage : la surpêche cachée en supermarché

Le lourd tribut de l'élevage de saumon

Une enquête révélatrice de l'association Seastemik met en lumière une réalité alarmante concernant le saumon d'élevage. Pour obtenir un seul kilogramme de ce poisson carnivore, l'industrie aquacole doit prélever six kilogrammes de poissons sauvages, transformés en farine pour l'alimentation. Cette équation désastreuse s'applique à l'ensemble des saumons d'élevage, qu'ils soient issus de l'agriculture biologique, bénéficient de labels ou non, contribuant directement à la surpêche mondiale.

L'Afrique de l'Ouest sacrifiée pour l'élevage européen

La pêche minotière, destinée à produire ces farines animales, cible principalement les côtes d'Afrique de l'Ouest. Dans cette région, les sardinelles et maquereaux sont capturés massivement, alors qu'ils constituent la base alimentaire essentielle des populations locales. « Les communautés côtières en dépendent littéralement pour leur subsistance », explique Salomé, chargée de campagne et communication pour Seastemik. Une fois réduits en farine, ces petits poissons sont exportés vers la Norvège et l'Europe pour nourrir les saumons d'élevage, créant une situation de concurrence alimentaire préoccupante.

La disparition du saumon sauvage français

La situation du saumon en France est tout aussi préoccupante. 99% du saumon consommé dans l'Hexagone est importé, principalement de Norvège, d'Écosse ou d'Irlande. Les mentions « Bretagne » sur les emballages indiquent uniquement le lieu de fumage, et non celui de l'élevage. Plus alarmant encore, 98% de ce saumon provient d'élevages intensifs. Le saumon sauvage français a pratiquement disparu de nos rivières et figure désormais sur la liste rouge de l'UICN depuis un an et demi, témoignant d'un déclin écologique majeur.

Colorants artificiels et exploitation du krill antarctique

L'industrie du saumon d'élevage utilise des méthodes controversées pour répondre aux attentes des consommateurs. Naturellement gris, ces poissons doivent leur couleur rose caractéristique soit à des colorants artificiels, soit à de la farine de krill. Ce petit crustacé est pêché en Antarctique par « des navires usines énormes » qui « littéralement rasent l'Antarctique » pour capturer des tonnes de krill, menaçant ainsi un écosystème polaire déjà fragile.

L'inefficacité des labels de certification

Les différents labels censés garantir une aquaculture durable échouent à résoudre les problèmes fondamentaux :

  • Le label ASC (Aquaculture Stewardship Council), pourtant présenté comme garant d'une « aquaculture durable », n'empêche pas l'utilisation de farines de poisson issues de la pêche sauvage.
  • L'agriculture biologique propose des densités d'élevage « un peu moins grandes » mais reste dépendante de la pêche minotière.
  • Le Label Rouge encourage même davantage l'usage de farine de poisson au détriment du soja brésilien, avec des conséquences dramatiques : « pour un saumon d'élevage, on va pêcher jusqu'à 440 poissons sauvages ».

Cette situation soulève des questions cruciales sur la durabilité réelle de notre consommation de poisson et les impacts cachés de l'industrie aquacole sur les écosystèmes marins mondiaux.