Par contrainte autant que par indifférence, peu à peu les Français avaient laissé leurs potagers en jachère. L’urbanisation galopante les a paradoxalement ramenés vers cette terre aussi nourricière qu’apaisante. Nous voilà deux fois plus nombreux qu’au début des années 1990 à cultiver un lopin, loin de ces Trente Glorieuses où l’affaire était quasiment devenue ringarde.
Un besoin de reconnexion avec la nature
« Lorsque l’on discute avec les gens, beaucoup d’abord évoquent un besoin de reconnexion avec la nature, celui d’avoir les pieds dans la terre, chez les citadins c’est presque de l’ordre du spirituel », raconte Éric Prédine. Pionnier des jardins partagés, ce Girondin est aussi l’auteur d’un petit manifeste sur « les enjeux modernes du potager » appliqué au Sud-Ouest.
Rentabilité variable selon les territoires
L’agréable davantage que l’utile, tant l’aspect économique de la chose n’est souvent pour beaucoup qu’un prétexte dans les zones urbanisées ou plus richement dotées. « Tout dépend la façon de pratiquer, mais il est sûr qu’à quatre euros le pied de tomate en jardinerie – pour ceux qui ne font pas leurs semis – les trois ou quatre kilos récoltés n’offriront pas une rentabilité évidente. » Les rares études sérieuses sur le sujet démontrent tout de même que si cultiver son potager dans un terroir « gentrifié » ne rapporte rien, le gain semble à l’inverse bien réel dans les quartiers populaires, là où les légumes circulent d’ailleurs au-delà de la sphère familiale. « Aux Aubiers, une cité de Bordeaux, nous avions mesuré qu’ils profitaient en moyenne à sept bouches », explique Éric Prédine.
Le jardinage, un marché florissant
Si les 70 % de Français disposant d’un espace extérieur n’ont pas tous les moyens ni l’envie de le cultiver, les voici pourtant toujours plus enclins à coloniser le moindre recoin de terre promise sur leur balcon ou leur terrasse. « Avant, les gens n’y mettaient en bac que des fleurs, pour l’esthétique, se souvient un conseiller de vente à la jardinerie Botanic de Gradignan. Mais, avec trois petits mètres carrés, vous couvrez aujourd’hui l’intégralité de votre consommation de plantes aromatiques, voire de tomates cerises. »
Fort d’un business annuellement estimé à 11 milliards d’euros, c’est peu dire que le jardinage n’est pas qu’affaire d’amateurs. Quatre géants se disputent en France ce marché florissant. Dans l’ordre, citons malgré quelques ennuis Gamm’Vert et ses 900 points de vente, la centaine de magasins Jardiland, le doyen Truffaut, né à la fin du XIXe siècle, et l’enseigne Botanic, la première à avoir retiré les pesticides de ses rayons en 2008.
Une évolution des pratiques vers le naturel
Qui sème l’engrais chimique d’ailleurs récolte désormais la désapprobation d’une bonne partie de la sévère communauté des jardiniers. « Les Français ont beaucoup évolué sur le sujet », applaudit Éric Prédine. « Il n’y a pas si longtemps, il m’arrivait en effet d’être estomaqué en ouvrant les cabanes de certains disant jardiner au naturel… Pour autant, gare au baratin des experts en verbiage, capables de vous baratiner sur la permaculture au beau milieu de leur champ de chiendent. Très assidus sur les principes de sauvegarde de la planète, mais peu présents au pied des haricots. »
(1) « Créer son potager dans le Sud-Ouest » (2024). Aux Éditions Sud Ouest.
(2) Produits de jardinerie et d’animalerie.



