Dans certaines régions, la proportion des Français qui disent vouloir partir à la montagne en été est désormais supérieure à celle de l’hiver. Ce tournant majeur dans l’histoire des vacances en France s’explique par de multiples facteurs : multiplication des activités outdoors, succès éclair de disciplines comme le trail, modernisation des hôtels, création d’infrastructures nouvelles (notamment aquatiques), séjours sur-mesure et parfois très originaux. Tout est fait pour attirer une clientèle nouvelle, mais souvent sans expérience. Les locaux doivent déployer des trésors d’ingéniosité et de pédagogie pour apprendre aux néophytes les codes d’une pratique respectueuse de l’environnement. Ces derniers, avides de déconnexion totale, n’hésitent pas à prendre d’assaut bivouacs et refuges ou à se lancer vers les plus hauts sommets, à condition de respecter certaines règles, en France comme ailleurs en Europe.
Une fréquentation estivale en forte hausse
La situation internationale instable incite les Français, comme tous les Européens, à préférer le Vieux Continent pour leurs vacances d’été. La montagne française bénéficie de cette manne, déjà relancée par le Covid et plus sûrement par le réchauffement climatique. L’Association nationale des maires des stations de montagne relevait une hausse de 5,5 % du taux d’occupation des hébergements touristiques en juillet-août 2025 par rapport à 2024, "un chiffre en constante progression depuis six ans", note Jean-Luc Boch, son président. Selon Denis Maurer, président de G2A Consulting, société spécialisée dans les analyses et l'innovation touristiques, "la montagne apparaît de plus en plus comme un produit d’appel où les offres se sont beaucoup développées, ce qui représente une vraie réussite, notamment grâce aux loisirs outdoors pléthoriques très recherchés par les trentenaires".
Grands espaces, environnement préservé, fraîcheur, absence de foule et tarifs abordables expliquent ce succès, avec un taux de satisfaction de 96 %, selon Atout France. La proportion de Français qui disent vouloir partir l’été dépasse désormais celle de l’hiver. Ainsi, dans les Hautes-Pyrénées (hors Lourdes), 41 % des nuitées sont estivales contre 30 % hivernales. Autre fait marquant, l’évolution exponentielle des nuitées dans les stations d’altitude entre 2019 (année de référence pré-Covid) et 2025 : +30 % à l’Alpe d’Huez, +42 % à Val d’Isère comme à Flaine.
Les défis de l’apprentissage du milieu naturel
Cet apport de nouveaux pratiquants, s’il bénéficie à l’économie de la montagne, trouve ses limites dans l’apprentissage du milieu naturel. Les néophytes n’ont pas toujours les codes pour des pratiques respectueuses de l’environnement ni de leur propre intégrité physique. Partir en altitude sans préparation ni équipement, oublier de prendre de l’eau ou de consulter la météo, s’éloigner en oubliant qu’il y a aussi un retour… Les secours en montagne, traditionnellement gratuits, deviennent un gouffre financier : augmentation des activités, comportements à risque, méconnaissance du milieu, appels sans raison ont coûté plus de 100 millions d’euros en 2024 à la collectivité, soit 10 780 euros par secours. Un rapport de la Cour des comptes du 11 février 2026 a jugé légitime de facturer les secours en montagne.
Traverser des zones protégées, ne pas se soucier des troupeaux ni des chiens qui les protègent, sortir des itinéraires balisés, allumer un feu sauvage ajoutent aux risques. La prévention devient l’affaire de tous, parcs et réserves en tête, où gardes et médiateurs sillonnent les sentiers.
Des initiatives démultipliées
En Ariège, la réserve naturelle de Saint-Barthélemy a doublé ses outils numériques destinés aux pratiquants, pour une information à tous les prestataires locaux ; entre incivilités et forte présence de l’ours, l’initiative s’imposait. Les responsables du Parc national de la Vanoise, en Savoie, ont mis en place un programme d’animations. Des maraudeurs et une brigade du feu sillonnent le Parc régional du Queyras, lequel a créé un kit bourré de conseils sous forme de BD. Enfin, le département des Hautes-Pyrénées a rédigé une charte baptisée "Bienvenue en estive", disponible dans les hébergements. "Tout est question d’équilibre entre la prévention et la volonté de ne pas effrayer le pratiquant des dangers", résume Isabelle Pélieu, directrice générale de Hautes-Pyrénées Tourisme Environnement.
En station, les idées fleurissent : La Plagne a édité un document sur la façon d’aborder ce milieu. Orcières a créé un parcours pédestre pédagogique (Le Monde des 6 lacs) et une carte des déplacements des troupeaux, tout comme le Val d’Allos qui nourrit en temps réel son site web pasto-rando grâce aux colliers de géolocalisation portés par le bétail. Autre initiative, pasto-kezako.fr prodigue des conseils pour savoir gérer les patous et une carte actualisée par les bergers indique l'emplacement approximatif des troupeaux. "Nous sommes les gardiens des valeurs d'entraide et de partage", assure Pascal Gacon, berger dans la Vallée des Belleville. Toutes les occasions sont saisies pour sensibiliser aux codes de la montagne, en espérant que les panneaux, informations et conseils seront lus, écoutés et respectés.
Nos meilleures adresses
- Aux Orres, Élodie Georgin, médiatrice pastorale, fait le lien entre bergers, randonneurs… et loups, afin de préserver l’environnement. lesorres.com.
- Dans le Val d’Allos, on marche aux côtés d’un accompagnateur vers une estive où le berger explique tout sur son travail et son chien de protection. Demi-journée, 19 €. valdallos.com.
- À Saint-Gervais, Flavie, une exploitante, partage son savoir sur la cohabitation entre touristes et bétail. Des formations sont dispensées aux professionnels pour qu’ils transmettent à leurs clients les codes de la montagne. saintgervais.com.



