Laurent Castaignède : l'éthanol et la voiture électrique ne sont pas des solutions miracles
Castaignède : éthanol et voiture électrique, fausses solutions

Laurent Castaignède décrypte les limites de la transition écologique dans les transports

Laurent Castaignède, ingénieur centralien, conférencier et conseiller en impact environnemental, est l'auteur de plusieurs ouvrages sur la décarbonation. Il explore en profondeur les dessous de la transition écologique, avec notamment son livre « La Ruée vers la voiture électrique, entre miracle et désastre » publié en 2023 chez Écosociété Éditions. Pour ce spécialiste du bilan carbone, l'éthanol ne constitue pas une solution miracle, surtout à grande échelle.

Analyse de la crise des prix des carburants

Castaignède propose une analyse historique du secteur des transports sur deux siècles, observant l'évolution de la vitesse des véhicules, des coûts de fabrication et des prix des carburants. Le coût au kilomètre ne cesse de baisser, ce qui entraîne un rebond d'usage : plus les transports sont abordables, plus on se déplace. À court terme, une baisse des prix semble économique, mais à long terme, elle génère une demande supplémentaire.

Il cite l'exemple des États-Unis, où le pétrole est moins taxé qu'en France. En moyenne, les Américains habitent à 20 kilomètres de leur lieu de travail, contre 5 kilomètres de plus qu'en France, et leurs véhicules sont plus lourds de 500 kilos. En France, l'éloignement des lieux de travail s'explique aussi par le logement plus abordable en périphérie.

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Castaignède souligne que nous n'avons pas conscience de la dynamique du système : baisser le prix des carburants incite les travailleurs à venir de plus loin. Le télétravail crée un effet rebond similaire ; en réduisant les déplacements, il diminue les contraintes logistiques et budgétaires, mais on observe que ces travailleurs vivent de plus en plus loin, sans réduire l'empreinte du trajet domicile-travail.

Solutions pour rapprocher les travailleurs de leur lieu professionnel

Pour Castaignède, il faudrait augmenter les taxes sur les carburants pour financer des politiques publiques efficaces :

  • Transition vers des moteurs moins polluants et moins gourmands.
  • Aide ciblée aux déplacements pour les salariés modestes.
  • Développement des transports en commun.
  • Aide au déménagement et au logement.
  • Meilleur aménagement du territoire.

Cependant, il note que c'est déjà trop tard pour augmenter les taxes en plein choc pétrolier, l'argent profitant aux états pétroliers et aux multinationales.

Le bioéthanol : une fausse bonne idée

Castaignède applique la même théorie au bioéthanol, qui se vend 1,20 euro de moins que le SP95. À long terme, cela provoquera davantage de déplacements. Pour limiter l'empreinte carbone, il n'y a pas d'autres solutions que de réduire le kilométrage, utiliser les transports en commun ou pratiquer le covoiturage.

Le deuxième écueil de l'éthanol est son impact sur l'agriculture. En tant qu'agrocarburant fabriqué à partir de betterave, blé ou biomasse, son développement massif menacerait les cultures alimentaires pour les bêtes et les humains. De plus, ce carburant est actuellement quatre à cinq fois moins taxé que le sans plomb ou le gazole ; en cas de développement de masse, l'État pourrait aligner ses taxes, une question qui se posera aussi pour les voitures électriques.

En résumé, Castaignède met en garde contre les illusions des alternatives comme l'éthanol et la voiture électrique, insistant sur la nécessité de repenser fondamentalement notre mobilité pour une transition écologique réussie.

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