Bordeaux : une charte commune pour la mobilité décarbonée malgré des visions écologiques opposées
Ce 24 février, les camps de Pierre Hurmic et Thomas Cazenave, candidats aux élections municipales de Bordeaux, ont signé la même « Charte pour une mobilité décarbonée ». Cet engagement formel vise explicitement à diminuer les émissions de gaz à effet de serre dans le secteur des transports, un enjeu environnemental majeur pour l'agglomération bordelaise.
Une signature commune malgré des divergences politiques marquées
L'ancien nageur reconverti dans les énergies renouvelables, Marc Lafosse, représentant Thomas Cazenave, et l'adjoint au maire de Bordeaux en charge de la nature en ville et des quartiers apaisés, représentant Pierre Hurmic, ont tous deux apposé leur signature sur ce document. Pourtant, les deux candidats s'opposent régulièrement et avec véhémence sur les questions écologiques, révélant des conceptions profondément différentes de la transition environnementale.
Les initiateurs de cette démarche, François Gemenne, professeur à HEC et membre du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec), et Géraud Guibert, président de l'association La Fabrique écologique, se sont soigneusement abstenus de prendre position. Ils représentaient l'Alliance pour la décarbonation de la route, une association qui rassemble des industriels et des entreprises du transport comme Vinci Autoroute, BlaBlaCar, Amazon, La Poste ou BMW.
« L'objectif est de profiter des élections municipales pour faire monter la décarbonation dans le débat public et tester des expériences avec les collectivités », explique François Gemenne, soulignant la dimension stratégique de cette initiative en période électorale.
Des programmes écologiques qui s'affrontent
La proposition, en apparence consensuelle, ne fait pourtant pas l'unanimité. Didier Jeanjean, militant écologiste historique, exprime des réserves significatives. « La décarbonation doit être portée par une vision politique. Pour qu'elle soit appliquée, cela implique de faire des choix. Cette charte, tout le monde va la signer », pointe-t-il avec scepticisme. Il ajoute : « À Bordeaux, je rappelle que deux listes défendent un projet autoroutier de contournement de l'agglomération et veulent le retour de la voiture en ville. On le voit dans certains programmes, pas dans le nôtre [celui de Pierre Hurmic]. »
Du côté de Thomas Cazenave, Marc Lafosse justifie la signature tout en reconnaissant une divergence de vision politique. « Thomas Cazenave est très engagé dans les mobilités et l'écologie, on veut bien signer la charte », affirme-t-il. Il met en avant la croyance du candidat en des emplois locaux non délocalisables, le fret fluvial et les retombées fiscales locales liées aux énergies renouvelables.
Cependant, au nom d'un « pragmatisme » écologique, Marc Lafosse estime que la réduction des transports polluants doit être nuancée et modulable. « Les petits commerces se sont asphyxiés ces dernières années, un moratoire sur la suppression des places de parking est nécessaire », assume-t-il, révélant une approche plus conciliante avec les réalités économiques locales.
Une charte comme outil de redevabilité future
François Gemenne, quant à lui, tranche en soulignant l'utilité politique de cet engagement. « Signée par les candidats, cette charte pourra être opposable à celui qui exercera le pouvoir », déclare-t-il. Cette position, intéressante, semble faire consensus auprès des représentants des deux camps, offrant un levier potentiel pour la société civile et les acteurs environnementaux.
Il est à noter que cette démarche intervient dans un contexte où des enjeux comme la gestion des autoroutes ou la mondialisation des échanges internationaux, pourtant fortement polluants, échappent largement aux prérogatives des maires. Par ailleurs, Philippe Dessertine, un autre candidat invité à signer, s'est décommandé à la dernière minute, ajoutant une nuance supplémentaire à ce tableau électoral bordelais marqué par des débats écologiques intenses et parfois contradictoires.



