Le bassin de Thau face au défi de la recharge électrique
Le parc de véhicules électriques dans l'Hérault est sur le point de connaître une croissance spectaculaire. D'ici 2028, il pourrait presque doubler, passant de 26 556 véhicules aujourd'hui à environ 56 000. Cette tendance, largement stimulée par la relance du leasing social à 200 euros par mois par le gouvernement, place le bassin de Thau, identifié comme une zone à fort impact, au cœur des enjeux d'infrastructure.
Une demande qui explose d'ici 2029
Le syndicat mixte Hérault énergies, opérateur de l'entente publique Reveo, a établi un schéma directeur pour les infrastructures de recharge (IRVE) sur la période 2025-2029. Les projections sont éloquentes. Sur le bassin de Thau, on prévoit l'arrivée de 250 à 500 véhicules électriques en moyenne par commune sur les deux tiers du territoire d'ici 2028.
Concernant Sète agglopôle, les besoins sont chiffrés à 238 points de charge d'ici 2026, et à 611 d'ici 2029, dont quatre bornes rapides. Cela représente la demande la plus forte hors de la métropole de Montpellier, juste devant Béziers. Les investissements envisagés sont de l'ordre de 1,2 million d'euros pour 2025-2026 et pourraient atteindre 30 millions d'euros à l'horizon 2029.
La recharge à domicile, solution majoritaire mais insuffisante
Actuellement, environ 90% de la recharge principale s'effectue au domicile des particuliers, souvent avec une puissance faible (de 2 kW à 11 kW). "La plupart des usagers n'ont pas besoin de monter la capacité de leurs contrats d'électricité", explique Jonathan Pucchini de la Fédération française des associations d'utilisateurs de véhicules électriques (FFAUVE). "Avec une batterie de 50 kWh et 50 km à faire par jour, recharger chez soi tous les 3-4 jours suffit, et c'est souvent moins cher."
Cependant, Hérault énergies souligne que le maillage public reste fondamental pour une adoption massive. Ces bornes sont indispensables pour les utilisateurs sans solution à domicile ou au travail, pour les professionnels, les longs trajets et apportent une "assurance psychologique" en cas d'imprévu.
Un déploiement public et privé qui s'accélère
Le déploiement public, coordonné via Reveo, s'intensifie. Après 4 à 5 installations par an, le syndicat a réalisé neuf nouvelles unités en 2025, dont trois sont prévues au parvis nord de la gare SNCF de Sète à l'automne. L'intercommunalité participe à hauteur de 20% au financement de ces bornes, dont le coût varie entre 15 000 € HT (22 kW) et 80 000 € HT (superchargeur >250 kW).
Parallèlement, le secteur privé est très actif. Au 1er avril 2024, le territoire comptait 26 bornes publiques et 62 bornes privées, gérées par une vingtaine d'opérateurs. La Ville de Sète dispose aujourd'hui de huit bornes publiques et de trente bornes privées, accessibles notamment dans les grandes surfaces, les gares et les parkings.
Sète lance un programme ambitieux avec un opérateur privé
La municipalité sétoise a franchi un cap significatif en adoptant à l'unanimité une convention de 15 ans avec la société Ineo CV35, filiale de Bouygues Energies et services. Ce partenariat permettra le déploiement de cinq nouvelles stations, soit seize bornes supplémentaires, aux entrées de la ville d'ici mars 2026.
Ces stations, équipées de ports de charge rapide (180 kW, permettant 270 à 300 km d'autonomie en 15 minutes), seront implantées à des points stratégiques :
- Entrée est au niveau du pont des dockers
- Entrée nord au parking Vossloh pont SNCF
- Entrée Ouest parking Adenauer et face au Lidl route des Quatre Chansons
- Place Edouard Herriot à la Corniche
Ce dispositif offrira une tarification compétitive, des services performants (paiement par carte, application) et générera pour la ville une redevance estimée à 1,3 million d'euros sur 15 ans. "Un opérateur privé nous a permis de gagner du temps et d'accéder à des bornes ultrarapides", a indiqué Laurence Magne, élue en charge du dossier, précisant que le projet ne coûterait "rien" à la collectivité.
Le bassin de Thau, avec Sète en fer de lance, s'engage ainsi dans une course contre la montre pour adapter son réseau de recharge à l'essor inéluctable de la mobilité électrique, un impératif pour réussir la transition écologique du territoire.



