Trois domaines bio pionniers en Gascogne : un road trip viticole engagé
Trois domaines bio pionniers en Gascogne

Trois domaines bio pionniers en Gascogne : un road trip viticole engagé

Autour de Vic-Fezensac, un petit road trip permet de rencontrer trois domaines qui ont choisi très tôt d'accorder leurs pratiques avec la nature et de transformer leurs raisins en armagnacs et vins bio de qualité. Herrebouc, Séailles et Pajot représentent des pionniers de l'agriculture biologique dans cette région viticole historique.

Étape 1 : Le domaine de Herrebouc, un refuge naturel

Herrebouc est une île lovée dans les bras de la Baïse, un véritable refuge pour les hommes, les bêtes et la biodiversité en général. En 1998, Henry Fitte a eu le coup de cœur pour ce château du XIVe siècle à Saint-Jean-Poutge, qui lui a donné envie de renouer avec ses racines gasconnes. En 2001, sa fille Carine a réévalué ses priorités après les attentats du 11 septembre et des études de commerce peu épanouissantes.

« On est parties la fleur au fusil, en faisant des vins bio à une époque où ça n'intéressait personne », confie Carine Fitte, qui s'est formée à la viticulture pour aider son père à restructurer le vignoble. Hélène Archidec, technicienne à la Chambre d'agriculture venue les aider à cette époque, n'est jamais repartie.

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Aujourd'hui, avec 10 000 à 15 000 bouteilles par an sur 18 hectares en bio et biodynamie, elles cherchent moins à se développer qu'à s'adapter aux aléas climatiques. « Notre modèle se révèle étonnamment résilient dans ce contexte qui pousse à la décroissance », explique Carine. Elles proposent désormais des immersions viti-œnologiques avec dégustations de leurs vins accompagnés de spécialités locales.

Étape 2 : Le domaine Séailles, entre art et armagnac bio

Au domaine Séailles à Mouchan, l'art et le vin se rencontrent autour de vernissages organisés tous les deux mois pour faire connaître la production et les artistes gersois. Le domaine propose des visites depuis 2023 seulement, avec un nouvel espace de dégustation.

Mais là où Jean Labérenne et Julien Franclet ne débutent pas, c'est en matière d'armagnac bio. Ils pensent même être, avec le domaine de Saoubis, les seuls du département à proposer des armagnacs bio de plus de vingt ans. Dans leur chai dorment 144 barriques, dont une excellente eau-de-vie de 1975.

En 1997, quand il a hérité Séailles de son père, Jean Labérenne a décidé d'en doubler la superficie pour faire du vin bio. « Impossible pour moi d'exposer mon personnel à des produits cancérigènes », explique-t-il. Depuis, avec Julien Franclet, ils n'ont jamais dévié de cette ligne de conduite.

Étape 3 : Le domaine de Pajot, une approche holistique

Pour Clément Barreau du domaine de Pajot à Eauze, le bio est une seconde nature. Une démarche engagée dès 2001 par son père Damien, un ingénieur agro qui avait choisi de revenir au bon sens paysan et à la polyculture-élevage.

« Quand on se coupe de la chimie, il faut accepter d'avoir des rendements trois fois moindres, mais je sais où je vais », affirme Clément, qui a repris le domaine après le décès de son père en 2023. Il fait revivre la noiseraie de son père en mode extensif et valorise les agneaux de ses 100 brebis.

« Après les vendanges, je sème un couvert végétal de céréales et légumineuses, dont mes brebis sont friandes », explique-t-il. « Grâce à mes brebis, mes rendements augmentent régulièrement. Je ne pourrai plus m'en passer. Et puis, la place de l'animal donne beaucoup de sens au métier. »

Pour casser le vent ou drainer une zone humide, il a choisi l'agroforesterie et plante des haies avec l'aide d'Arbre et Paysage 32. La biodiversité explose, gardant les ravageurs à distance. Les canards et les cistudes de la Gélise viennent nicher dans ses vignes, et les couleuvres, si sensibles à la chimie, y sont chez elles.

Un engagement précurseur qui porte ses fruits

Ces trois domaines illustrent comment une approche respectueuse de l'environnement peut produire des vins et armagnacs de qualité tout en préservant la biodiversité locale. Leur engagement précurseur dans le bio, à une époque où cette pratique intéressait peu de monde, démontre aujourd'hui sa pertinence face aux défis climatiques et sociétaux.

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L'œnotourisme se développe progressivement dans la région, permettant aux visiteurs de découvrir ces domaines engagés et leurs productions exceptionnelles. De Herrebouc à Pajot en passant par Séailles, c'est toute une philosophie de viticulture responsable qui s'exprime à travers ces terroirs gascons.