Une innovation viticole qui fleurit à Saint-Émilion
Dans le prestigieux vignoble de Saint-Émilion, le domaine familial Cormeil-Figeac, dirigé par Victor Moreaud et sa sœur Coraline, s'engage dans une expérimentation agricole audacieuse. Avec le soutien d'une bourse nationale de 12 500 euros, ce projet pionnier vise à réduire significativement l'usage du cuivre en viticulture biologique grâce à une approche naturelle et innovante.
Un financement sélectif pour une urgence viticole
Sur les 25 dossiers déposés, seulement six projets ont été retenus par l'association Pour une agriculture du vivant, dont celui du château Cormeil-Figeac. Cette sélection rigoureuse souligne l'importance et l'urgence du sujet pour la filière viticole, particulièrement en agriculture biologique où les alternatives au cuivre restent limitées.
« Le sujet est à la fois central et urgent pour les viticulteurs, notamment en bio, confrontés à des impasses réglementaires croissantes », explique Léa Lugassy, directrice scientifique de l'association. Le financement, assuré par la Mirova Foundation, permet de tester des solutions directement en conditions réelles sur les exploitations agricoles.
L'inspiration venue de la recherche scientifique
C'est Ninon Dell'Acqua, responsable R&D du domaine, qui a identifié une piste prometteuse dans une publication scientifique chinoise. Certaines giroflées, en période de floraison, libèrent des composés organiques volatils susceptibles de limiter les symptômes du mildiou sur les feuilles de vigne.
« On a cherché des variétés adaptées à notre climat et au contexte viticole, ainsi que des plantes aromatiques aux propriétés similaires », précise l'ingénieure agronome. Cette approche scientifique, encore peu explorée dans le vignoble bordelais, offre une alternative crédible aux traitements conventionnels.
Un dispositif expérimental rigoureux
L'expérimentation se déroulera sur une parcelle de 1,08 hectare pendant deux ans, avec un protocole scientifique précis :
- Un témoin correspondant aux pratiques actuelles
- Deux variantes de giroflées (printemps et été) implantées différemment selon les saisons
- Un mélange de plantes aromatiques (thym, origan, immortelle des dunes) semé à l'automne
Les objectifs sont multiples : évaluer l'impact réel sur le développement du mildiou, mesurer l'état sanitaire de la vigne, analyser la qualité de la récolte, et identifier les espèces les plus adaptées au contexte bordelais.
Une alternative au cuivre longtemps attendue
Victor Moreaud souligne l'importance de cette recherche : « On cherche depuis longtemps une alternative crédible au cuivre. Jusqu'à présent, rien n'est pleinement satisfaisant. Là, on tente quelque chose de différent : lutter avec du vivant, pas avec un produit de plus ».
Les produits à base de cuivre, bien qu'indispensables actuellement, présentent des limites environnementales et font face à des contraintes réglementaires de plus en plus strictes. Cette expérimentation pourrait ouvrir la voie à des pratiques plus durables et économiquement viables.
Des premiers résultats attendus pour 2027
Les premiers semis sont prévus pour la fin de l'été, avec des tests grandeur nature dès la saison 2027. Si rien ne garantit encore l'efficacité du dispositif, l'approche méthodologique et scientifique offre des perspectives encourageantes pour l'ensemble de la filière viticole biologique.
Au domaine Cormeil-Figeac, l'innovation ne pousse pas hors-sol. Elle germe dans les parcelles, s'enracine dans la recherche scientifique, et pourrait bien fleurir là où personne ne l'attendait : au cœur des vignes de Saint-Émilion, offrant une solution naturelle à l'un des défis majeurs de la viticulture contemporaine.



