Vendredi 2 octobre, dans les vergers de Thomas Saleilles à Bagnols-sur-Cèze (Gard), une vendangeuse a récolté des grenades pour la première fois en France. Cette démonstration, organisée par le syndicat France Grenade en partenariat avec le producteur bio, a attiré une soixantaine d'agriculteurs venus de Paca et d'Occitanie. L'objectif : réduire les coûts de main-d'œuvre et améliorer la qualité des fruits, une innovation qui pourrait transformer la culture de la grenade face à la crise viticole.
Une récolte mécanisée qui séduit les producteurs
Thomas Saleilles, fondateur de la Grenattitude, a montré aux agriculteurs présents le résultat de cette récolte insolite. Désignant une remorque pleine de fruits rosés, il a estimé : « À la main, une personne aurait dû travailler quatre heures pour ramasser ça ». Un avis partagé par le petit groupe qui observait la scène, certains évoquant même deux heures de travail manuel pour la même quantité.
Cette technique, testée sur une parcelle dite « expérimentale », repose sur des grenadiers plantés à distance avec palissage, afin de permettre le passage de la machine. « Il y a un vrai travail de formation pour qu'ils soient tous alignés », a expliqué l'agriculteur, qui avait planté ces arbres il y a trois ans avec ce projet en tête. « Moi ça m'allait de ramasser à la main, mais ce sont les jeunes qui m'ont poussé à le faire », a-t-il ajouté.
Des avantages économiques et qualitatifs
Pour Thomas Saleilles, la récolte mécanisée présente plusieurs atouts. Sur le plan économique, « c'est moins cher en main-d'œuvre ». Mais elle permet aussi « de s'adapter à la maturité du fruit récolté, on atteint donc une qualité optimale ». Une efficacité qui autorise « de planter de plus grandes surfaces », selon ce précurseur de la grenade en France.
Ces avantages pourraient offrir de nouvelles possibilités aux producteurs actuels et futurs, majoritairement des viticulteurs et arboriculteurs cherchant à se diversifier face à la crise du vin. Philippe Mégier, agriculteur à Cavillargues, a d'ailleurs arraché toutes ses vignes pour planter 15 hectares de grenadiers cet hiver. « Pouvoir les récolter avec une machine était ma condition sine qua non pour me lancer dans la grenade. Je ne voulais pas me retrouver avec 300 tonnes de fruits à ramasser à la main », a-t-il témoigné. Il compare cette évolution à l'arrivée des vendangeuses dans les vignes dans les années 80 : « Il faudra ériger le végétal pour l'adapter à la machine. Pour moi, c'est une culture d'avenir ».
Un marché français en demande et des perspectives
Thomas Saleilles transforme actuellement 200 tonnes de grenades en jus sur son exploitation, auxquelles s'ajoutent celles de 80 autres producteurs. La production est commercialisée par la coopérative bio Uni-Vert, basée à Saint-Gilles. Pour l'agriculteur, il faudrait « centraliser la commercialisation » du jus de grenades français par une telle coopérative afin de « pouvoir maîtriser les coûts. Si chacun commercialise de son côté, les acheteurs vont chercher à faire baisser les prix. On doit essayer de ne pas faire les mêmes erreurs qu'on a pu faire dans le vin ».
Le marché français est en demande, comme le confirme Enora Jacob, chargée de mission à Bio de Provence : « Il y a un potentiel, à moyen terme, de 2 000 tonnes par an pour les fruits frais et de 3 000 tonnes pour le jus ». Cette demande est d'autant plus forte que la situation géopolitique et le prix des carburants impactent l'approvisionnement depuis des pays producteurs comme la Turquie ou l'Iran. « Si on arrive à mécaniser la récolte, on pourrait être compétitif avec ces pays. Il faut qu'on arrive à augmenter les volumes et baisser les coûts de production », visualise Thomas Saleilles.
Encore en phase de test
La récolte mécanisée n'en est qu'à sa phase de test. Deux à trois ans pourraient être nécessaires pour lancer de grandes plantations à la machine. Des questions restent en suspens : quelles variétés sont les plus adaptées ? La machine va-t-elle blesser les arbres ? Malgré ces incertitudes, le producteur bagnolais reste convaincu : « On fait surtout ça pour les jeunes. Aujourd'hui, avec la baisse de consommation du vin, il faut réfléchir à autre chose pour l'agriculture méditerranéenne ».
Cette innovation, si elle se confirme, pourrait bien redessiner l'avenir de la culture de la grenade en France, offrant une alternative viable aux producteurs en quête de diversification.