Philippe Baron, un agriculteur engagé pour la renaissance des haies à Chambon
Philippe Baron, issu d'une famille d'agriculteurs et résidant depuis toujours à Chambon, non loin de Surgères, préside l'association Bon Champ, Bonne Haie. Cette organisation dédiée à la restauration des haies dans le secteur monte des dossiers pour obtenir des subventions au bénéfice d'agriculteurs et de particuliers souhaitant planter des haies. Elle fournit les plants et le matériel nécessaire, et organise des journées de plantation pour mobiliser la communauté.
La création de l'association en réponse à la disparition des haies
Dans les années 1990, Philippe Baron s'est inquiété, avec d'autres personnes de sa génération, de la disparition progressive des haies, un phénomène amorcé bien avant avec les remembrements. Il a observé l'évolution du paysage : « Dans les années 1960-1970, il y avait non loin d'ici une zone humide, avec des ruisseaux et des haies. Tout a été arraché, et le cours d'eau retracé tout droit. Les céréales ont pris le pas sur l'élevage, la mécanisation s'est imposée puis le maïs irrigué a fait son apparition. » C'est ainsi qu'en 1998, l'association a été créée, initialement dans un souci paysager. Ses statuts imposent la présence d'au moins un tiers d'agriculteurs au bureau, et ces derniers ont eux-mêmes planté des haies, comptant sur un effet boule de neige pour intéresser d'autres exploitants. Au total, l'association a contribué à la création de 26 kilomètres de haies champêtres, ainsi que de quelques vergers et bosquets.
Les défis persistants et l'impact visuel dans le paysage
L'action de l'association est perceptible dans le paysage, mais Philippe Baron nuance : « Ça se voit mais, d'une part, il faut savoir que ces haies correspondent à des plantations récentes, et d'autre part il y a toujours quelques arrachages – beaucoup moins qu'avant – dont certains 'sauvages', c'est-à-dire non compensés par de nouvelles plantations. » Il cite l'exemple des haies intra-parcellaires, souvent en mauvais état et envahies par des ronces, qui sont fréquemment supprimées. De plus, la disparition des exploitations agricoles de taille modeste pose problème : leurs terres sont reprises par des fermes plus grandes, exploitées par des agriculteurs qui n'habitent pas forcément sur place et optimisent économiquement les superficies. Cela conduit à des échanges de parcelles et des regroupements formant des blocs de 20 à 25 hectares d'un seul tenant, accompagnés d'une forte mécanisation avec des équipements comme des moissonneuses-batteuses à large coupe.
La sensibilisation et le dialogue entre agriculteurs et néo-ruraux
Philippe Baron observe que de nombreux agriculteurs sont conscients des bienfaits d'une haie bien située par rapport aux cultures. Concernant les néo-ruraux, il distingue deux catégories : « des gens très sensibles au paysage et à la nature, et ceux qui s'occupent de leur maison et de leur jardin, sans plus. » L'un des avantages de l'association est de créer les conditions du dialogue lors des journées de plantation, où se côtoient agriculteurs et bénévoles urbains et ruraux peu familiers du monde agricole. « Les gens se parlent et s'écoutent », souligne-t-il, favorisant ainsi une meilleure compréhension mutuelle et une mobilisation collective pour la préservation des haies.



