Gironde : le bio en recul malgré les alertes sanitaires et géopolitiques
Gironde : le bio en recul malgré les alertes

Le bio girondin face à un inquiétant repli

Dans le département de la Gironde, le nombre d'exploitants agricoles n'utilisant pas de pesticides de synthèse est en baisse, une tendance préoccupante que l'association Agrobio a tenté d'enrayer ce lundi 13 avril lors de son assemblée générale à Bègles, près de Bordeaux. Les coprésidents Aurélie Carreau, vigneronne à Cambes, et Cédric Labarrière, maraîcher à Landiras, ont appelé à la mobilisation en invoquant des arguments sanitaires et géopolitiques forts.

Des chiffres en trompe-l'œil

Certes, la progression historique de l'agriculture biologique en Gironde a été spectaculaire : la surface exploitée sans pesticides de synthèse est passée de 6% en 2015 à 20,10% en 2025, soit 40 800 hectares, une proportion deux fois supérieure à la moyenne nationale. Cependant, cette expansion masque une réalité plus sombre : le nombre d'exploitants bio a chuté, passant de 1 600 à 1 400 en une seule année, selon les indicateurs qui plombent le moral de la filière.

Les arguments de la remobilisation

Pour relancer l'engagement, les responsables d'Agrobio ont brandi deux alertes majeures. Dominique Techer, administrateur et vigneron à Pomerol, a pointé les conséquences de la guerre en Iran sur le détroit d'Ormuz, soulignant que les engrais chimiques à base de pétrole deviendront trop coûteux, offrant ainsi une opportunité au bio qui utilise des engrais naturels. « Pour qu'il y ait des adhérents, il faut un message fort, pas de l'eau tiède », a-t-il déclaré.

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Parallèlement, Cédric Labarrière a évoqué le scandale de la pollution au cadmium, un métal polluant persistant dans les sols et retrouvé dans l'alimentation, lié notamment aux engrais minéraux phosphatés de l'agriculture intensive, comme l'a révélé un récent rapport de l'Anses. Aurélie Carreau a abondé : « On voit bien que la population plébiscite le bio pour préserver sa santé. Les scientifiques tirent la sonnette d'alarme », citant la pétition de deux millions de personnes contre la loi Duplomb.

Des défis multiples pour la filière

Malgré ces appels, l'agriculture biologique girondine affronte des vents contraires :

  • Crédit d'impôt non revalorisé pour les producteurs bio
  • Baisse du pouvoir d'achat des consommateurs
  • Problèmes de rentabilité des exploitations
  • Aléas climatiques de plus en plus fréquents
  • Prolifération des labels environnementaux concurrents de la marque AB
  • Attaques politiques régulières

Cédric Labarrière note toutefois des nuances locales : « À l'échelle locale, les viticulteurs arrachent les vignes mais la filière du maraîchage est stable. En Gironde, il faudrait développer la volaille, les œufs, l'arboriculture… » Paradoxalement, le réseau Biocoop a annoncé des ventes record pour 2025, avec un chiffre d'affaires de 1,93 milliard d'euros, en hausse de 7,5%.

Une résilience à l'épreuve

Face à ces défis, les responsables d'Agrobio restent déterminés. « Nous sommes résilients, nous avons l'habitude de nous adapter », assurent-ils, rappelant leur conviction que l'agriculture biologique représente l'avenir, malgré le repli actuel. La filière doit maintenant concilier croissance des surfaces et maintien du nombre d'exploitants, un équilibre fragile dans un contexte économique et sanitaire tendu.

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