Fête de l'agriculture paysanne : un projet de société alternatif
Fête de l'agriculture paysanne : un projet de société

Ce dimanche, à Pouzilhac, la 23e Fête de l'agriculture paysanne a réuni militants et grand public autour d'un double objectif : célébrer le terroir et promouvoir un « projet de société » alternatif. Organisée par la Confédération paysanne, l'Addearg et Solidarité Paysans, la journée a mêlé fanfare, démonstration de chien de troupeau, balades en calèche, repas du terroir et marché des producteurs.

Un rendez-vous festif et militant

« On a besoin de se retrouver et de faire la fête », a expliqué Mathilde Bertier, porte-parole de la Confédération paysanne. Mais l'événement ne se limite pas à la fête : il vise à « montrer notre projet de société », a ajouté la maraîchère. Une grande table ronde intitulée « Quelle agriculture pour quelle société ? » a ainsi permis d'aborder les enjeux cruciaux du secteur.

Le contexte est délicat. « La moitié des agriculteurs vont partir à la retraite d'ici 2030. Si on ne fait rien, il en restera 275 000 en 2035 », a alerté Amélie Gouletquer, de l'association Solidarité paysans 30, qui vient en aide aux agriculteurs en difficulté. « Les demandes d'accompagnement sont en hausse, elles sont différentes et se renouvellent », a-t-elle poursuivi. L'an dernier, l'association a accompagné 87 personnes dans le Gard, et plus de 4 000 au niveau national. Localement, les viticulteurs sont particulièrement touchés, avec une « augmentation exponentielle » des demandes, selon Amélie Gouletquer.

Des témoignages poignants et des solutions concrètes

Julia Burrillon, venue d'Ardèche où elle a été récemment élue à la Chambre d'agriculture, a témoigné de l'importance du soutien de Solidarité paysans. En conflit avec une municipalité, elle a bénéficié d'une médiation par l'association. « Je ne savais plus où donner de la tête. Cela m'a permis de souffler. Ce travail donne énormément de force aux paysans », a-t-elle confié. Elle a également évoqué son expérience d'élue : dès leur arrivée, son équipe a pu s'attaquer aux dégâts du gibier et au photovoltaïque au sol qui empêchait les bergers sans terre de travailler.

L'Addearg, qui soutient les porteurs de projets et les paysans cherchant à transmettre leurs exploitations, a souligné les limites de l'accompagnement institutionnel. Selon Rémi Coquard, représentant de l'association, cet accompagnement est « principalement tourné vers de grandes fermes » et pas forcément adapté au terrain. Il a insisté sur l'importance de soutenir des projets « à l'échelle plus modeste, adaptés à l'environnement local ». L'Addearg sensibilise aussi les élus à la préservation de l'agriculture, dans un contexte tendu sur le foncier.

Les défis : foncier, eau, alimentation

La question du foncier est devenue « de plus en plus présente dans le Gard », selon Simon Wirth, de la Confédération paysanne. « Certaines personnes sont accompagnées et partent ailleurs car le foncier n'est pas accessible en termes de prix ou tout simplement pas disponible », a-t-il déploré. Des associations comme Terres de lien au niveau national ou J'enracine en Uzège tentent d'acquérir des terres pour les sortir de la spéculation et y installer des agriculteurs. Les pressions sont nombreuses : installation de centrales photovoltaïques, logique de la Politique agricole commune encourageant l'agrandissement des fermes, terrains de loisirs…

Les débats ont aussi porté sur d'autres enjeux. Paulin Cheusse a plaidé pour une redéfinition du cahier des charges de l'agriculture biologique, intégrant les avancées culturelles et scientifiques. Sébastien Espagne, des Amis de la Confédération paysanne, a évoqué la question de l'eau et la résistance aux projets de bassines dans le nord du département, près de Rochegude et de Barjac. Enfin, Marie Motto-Ros a présenté le projet de création d'une Sécurité sociale de l'alimentation. Selon elle, « dans une démocratie abîmée », l'enjeu est politique et ce projet permettrait de redonner au citoyen « un pouvoir de décision sur le choix de son alimentation ».