Agriculture bio et cadmium : un rapport sanitaire contesté par la filière
La Fédération nationale de l'agriculture biologique (Fnab) a formellement demandé à l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) de compléter et corriger son récent rapport sur la contamination au cadmium, selon une lettre consultée par l'Agence France-Presse ce mardi 31 mars 2026. Les représentants de la filière bio reprochent à l'agence sanitaire des erreurs factuelles et des approximations concernant le rôle de l'agriculture biologique face à ce métal lourd reconnu cancérogène et toxique.
Une présentation jugée « factuellement inexacte »
Dans leur courrier adressé au directeur général par intérim de l'Anses, les coprésidents de la Fnab, Olivier Chaloche et Loïc Madeline, expriment leur étonnement quant à certaines affirmations du rapport publié le 25 mars. Ce document soulignait que la principale source d'exposition au cadmium est l'alimentation, y compris les produits issus de l'agriculture biologique, et pressait d'agir sur les sols agricoles et les engrais minéraux phosphatés.
« Le rapport affirme que l'agriculture biologique n'apporterait pas de plus-value par rapport à l'agriculture conventionnelle vis-à-vis du cadmium. Cette présentation est factuellement inexacte et porte un préjudice important à notre filière », déclarent les deux responsables. Ils ajoutent : « Nous regrettons que cette communication puisse laisser croire au consommateur que le mode de production biologique n'offre pas de garanties supérieures. »
Des arguments techniques précis
La Fnab avance plusieurs arguments techniques pour contester les conclusions de l'Anses :
- Seuils réglementaires plus stricts : Le règlement bio impose des limites plus restrictives pour les intrants autorisés : 60 mg/kg pour les phosphates miniers (contre 90 mg/kg en conventionnel) et 0,7 mg/kg pour les composts de biodéchets (contre 3 mg/kg en conventionnel).
- Pratiques différentes : « Le recours aux phosphates miniers est marginal, voire inexistant en bio », affirme la fédération, citant l'étude PhosphoBio menée entre 2021 et 2024 sous l'égide des pouvoirs publics.
- Avantages agronomiques : « Les agriculteurs bio privilégient les engrais organiques et les effluents d'élevage, favorisant la matière organique qui peut piéger le cadmium et limiter son absorption par les plantes », précise la lettre.
Des études scientifiques ignorées ?
Les représentants de la filière biologique soulèvent également un point concernant la littérature scientifique : « Nous avons connaissance de plusieurs études, certaines citées dans l'expertise, qui concluent à une moindre imprégnation des productions bio au cadmium. L'agence n'a pas estimé que ces études permettaient de conclure à un avantage du bio par rapport au conventionnel. Nous aimerions comprendre pour quelles raisons. »
La Fnab insiste sur le fait que sa filière a déjà mis en œuvre plusieurs des leviers préconisés par l'Anses, notamment la non-utilisation de phosphates miniers, le recours aux matières organiques et l'application de seuils renforcés. Cette controverse intervient dans un contexte où la protection des consommateurs face aux contaminants alimentaires devient une préoccupation sanitaire majeure, tandis que la filière biologique cherche à maintenir sa crédibilité face aux défis environnementaux.



