Agriculture bio près de Cannes : entre fraises précoces et crainte du gel, un agriculteur mise sur le sol vivant
Sur son exploitation en location, Loïc Plaud, agriculteur bio près de Cannes, affiche un sourire, mais son travail exige un grand sérieux. Le printemps est une saison cruciale pour la rentabilité de son entreprise, avec les produits de saison et les plantations pour l'automne. Enregistré le 6 avril 2026 et mis à jour le même jour, son parcours illustre les défis et les espoirs de l'agriculture biologique.
La bataille des fraises : un concentré de sucre sous surveillance
Dans sa serre « multichapelle » de La Ferme de Papa, Loïc Plaud veille constamment sur ses fraises, comme un curé sur ses paroissiens. Il cueille délicatement celles qui sont bien rouges, déjà délicieuses, gorgées de sucre et juteuses. Cependant, les fraises attirent maladies et insectes ravageurs, car tous les êtres vivants chérissent le sucre. « Quand elles sont industrialisées, c'est un piège à pesticide. Moi, je passe mon temps à désherber », sourit cet ancien cuisinier, reconverti dans le bio.
Sa motivation ? « En tant que père de famille, je m'inquiète du monde de demain, et en tant que chef, j'ai toujours pensé qu'il était fou de servir des produits néfastes pour la santé. Ici, je veux que les clients aient pleinement confiance en ce qu'ils achètent, sans aucun produit chimique. Et je veux prouver qu'il est possible de cultiver des plantes exposées sans utiliser le cuivre. » Son arme principale est l'observation et l'adaptation, comme planter les tomates plus tôt cette année pour devancer leur ennemi, la mineuse de tomate.
Le printemps : une saison de défis et d'opportunités
À l'extérieur, en plein air, des rangées de salades ou d'ail forment une armée végétale au garde-à-vous, tandis que des fleurs et herbes créent des barrières végétales. « Pour le maraîchage sur un sol vivant tel que je le pratique, l'idée est de créer des barrières végétales entre chaque famille de plantation, d'éviter la monoculture. » Loïc sème carottes et radis, et plantera bientôt patates douces, potimarrons et butternuts pour une récolte à la rentrée.
Mais le printemps apporte aussi des craintes. « C'est là que tu plantes tous tes légumes d'été, ceux dont la clientèle plus nombreuse va raffoler, alors que c'est une saison où tout peut arriver. Là, il fait bien chaud et beau, mais les montagnes sont enneigées, et il peut encore geler ou grêler d'un coup », redoute ce fraîchement diplômé en permaculture, qui s'improvise météorologue. « À un moment donné, un agriculteur bio croise toujours les doigts ! », rigole-t-il.
Vente directe et clientèle fidèle : les piliers de l'entreprise
Sur son étal ouvert au public chaque mercredi et vendredi, Loïc propose des œufs frais, des fraises, des poireaux, des épinards, des navets, et bien d'autres produits. Des nouveautés comme les tomates marmande, la courge Bleu de Hongrie, et des agrumes sont à venir. « En décembre, on fait nos commandes habituelles pour toute l'année, et après, je procède au feeling, en fonction du climat, des tendances, de la demande… », justifie Loïc, dont la ferme a fidélisé une clientèle du bien et bon manger, ainsi que plusieurs restaurants.
« Certains viennent et ne comprennent pas que je ne puisse pas proposer plus de dix variétés à la vente, mais d'autres sont contents de voir la vie différemment et de consommer autrement. » À La Ferme de Papa, l'authenticité est au cœur de l'approche, avec une gestion basée sur la diversité, la rotation des cultures, et une connexion directe avec les consommateurs.



