Violence politique : l'assassinat de Quentin Deranque révèle un fossé générationnel et idéologique
Violence politique : le meurtre de Deranque révèle un fossé

Un meurtre politique qui secoue la société française

Le meurtre du jeune militant nationaliste Quentin Deranque par une vingtaine de militants d'ultragauche aux abords d'une intervention de Rima Hassan à Sciences Po Lyon a brutalement ramené la question de la violence au cœur du débat politique français. Qualifié par le procureur de Lyon d'« homicide volontaire », ce drame survient dans un contexte déjà tendu et interroge les dérives violentes au sein de certains mouvements politiques.

Des liens troublants avec la sphère insoumise

L'enquête a révélé que de nombreux suspects dans cette affaire sont passés par la Jeune Garde, mouvement dit « antifa » cofondé par l'actuel député de La France insoumise Raphaël Arnault. Plus troublant encore, deux des suspects, dont Jacques-Élie Favrot, étaient même ses collaborateurs parlementaires. Cette proximité soulève des questions sur les porosités entre certains mouvements radicaux et la sphère politique institutionnelle.

On se souvient également des propos de Jean-Luc Mélenchon cités dans le livre La Meute des journalistes Charlotte Belaïch et Olivier Pérou : « Moi, à votre place, à votre âge, les fachos j'irais les cogner, les chercher manu militari. » Ces déclarations, bien qu'anciennes, résonnent aujourd'hui avec une inquiétante actualité.

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Un divorce croissant avec la société

Les chiffres sont éloquents : après les émeutes de banlieues de 2023, 77 % des Français considéraient les violences comme « injustifiables », tandis que 59 % des électeurs de Jean-Luc Mélenchon les estimaient « justifiables ». Ce fossé révèle un divorce net et croissant entre la gauche radicale et le reste de la société française.

Cette fracture s'explique par deux facteurs majeurs : une dimension générationnelle et une dimension idéologique. C'est précisément à l'intersection de ces deux éléments, au sein de la jeunesse très à gauche, que la justification de la violence apparaît la plus forte.

Une tendance internationale inquiétante

Le phénomène dépasse largement les frontières françaises. Aux États-Unis, une semaine après l'assassinat du militant conservateur Charlie Kirk sur un campus, 31 % des progressistes entre 18 et 29 ans estimaient que « le recours à la violence physique est parfois justifié pour empêcher une personne de tenir des propos blessants ». Ce chiffre est plus de quatre fois supérieur à celui des conservateurs du même âge (7 %).

En France, dans les semaines suivant ces événements, de nombreux élus de droite ont constaté une forte hausse des menaces de mort à leur encontre. Cette banalisation de la violence interroge d'autant plus qu'elle semble politiquement coûteuse pour ceux qui la justifient.

La logique « antifa » et ses assouplissements définitionnels

La logique « antifa » repose sur un triple assouplissement définitionnel qui s'est étendu à une partie de la gauche politique. Premièrement, un assouplissement générationnel de la notion de « violence ». Deuxièmement, un assouplissement idéologique de la notion de « fascisme ». Troisièmement, par conséquence des deux premiers, un assouplissement de celle de la « légitime défense ».

Nos sociétés démocratiques, en réussissant le fragile exploit de marginaliser la violence physique, ont paradoxalement développé une hypersensibilité à ce concept. Le mot « blesser » décrit désormais quasi systématiquement une douleur strictement mentale, et on parle abondamment de « violence symbolique » ou « psychologique ».

La génération Z et sa perception du danger

La génération Z, née à partir de 1996 et profondément marquée par le numérique, incarne l'avant-garde de cette mutation culturelle. L'effondrement du temps de jeu sans supervision, documenté par des chercheurs comme Jonathan Haidt et Greg Lukianoff, a privé cette jeunesse d'opportunités de développer sa débrouillardise et sa robustesse face au monde.

Cette fragilité accrue exacerbe l'anxiété et la perception de dangers. Pour cette génération, quel que soit son bord politique, les souris paraissent accoucher de montagnes. Ce qui est perçu comme « violent » ou « dangereux » s'élargit considérablement, créant un terrain fertile pour justifier des réactions agressives perçues comme défensives.

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L'extension du concept de fascisme

À cet assouplissement s'en superpose un autre, tout aussi décisif : l'extension bien documentée des concepts de fascisme, d'extrême droite ou de nazisme au sein de la jeunesse de gauche. Comme l'analysait récemment Jean-Yves Camus dans Le Point, « faute de nazis authentiques à combattre, ils déplacent le terrain des luttes. Tout homme d'ordre devient Pétain ».

La construction identitaire de ces militants s'effectue en « contre », d'où l'omniprésence du préfixe « anti » dans leurs définitions idéologiques. Un antifasciste sans fascistes jouerait le rôle ennuyeux de pompier dans le désert, ce qui explique la tendance à ressusciter sans cesse la figure de l'ennemi.

L'héritage de Marcuse et la tolérance répressive

Pour comprendre cette logique, il faut remonter à Herbert Marcuse et son concept de « tolérance répressive », théorisé en 1965 dans Critique de la tolérance pure. Pour Marcuse, nos sociétés étant régies par les « dominants », la tolérance en place donnerait autant voix au chapitre à la droite qu'à la gauche, « aux mouvements d'agression qu'aux mouvements de paix ».

Ainsi, pour atteindre une tolérance réelle, « concrète », il faudrait devenir profondément intolérant vis-à-vis des « porteurs de haine ». Marcuse ira jusqu'à proposer de supprimer le droit d'assemblée et le droit à la liberté d'expression aux « réactionnaires », dans une définition volontairement souple.

L'autoritarisme de gauche et ses aveuglements

Une étude psychologique parue en 2021, intitulée « The Curious Case of Left-Wing Authoritarianism », éclaire les conséquences de cette logique. Les auteurs démontrent que plus les progressistes épousent des thèses autoritaires, moins ils se perçoivent comme étant autoritaires, contrairement aux « conservateurs autoritaires » qui sont généralement lucides sur leurs idées.

On voit là la conséquence de la logique marcusienne qui, en noircissant son ennemi, blanchit ses propres pulsions les plus sombres. Marcuse installe une rhétorique de la balle rebondissante où toute accusation portée contre la société offre au militant le droit, voire le devoir, d'user du même vice.

La légitime défense « préventive »

Nous arrivons ainsi au troisième assouplissement : celui de la « légitime défense ». Chez Marcuse, la légitimité provient d'une sorte de légitime défense « préventive », rhétorique que reprennent aujourd'hui certains membres de La France insoumise. Jean-Luc Mélenchon répète « c'est nous qui sommes agressés ! », tandis que Manuel Bompard défend la notion orwellienne « d'autodéfense populaire ».

La Jeune Garde avait d'ailleurs formé, comme l'a fièrement souligné son ancien porte-parole Cem Yoldas sur BFM TV, la CGT et Les Écologistes à cette « autodéfense populaire ». Cette notion élargie de légitime défense permet de justifier des actions violentes au nom d'une protection prophylactique contre des dangers perçus comme imminents.

Les nouveaux canaux de radicalisation

Une des difficultés pour analyser ces mouvements d'opinion est qu'ils n'empruntent plus les canaux traditionnels, leur préférant désormais des niches numériques générationnelles comme le monde des streameurs et du jeu vidéo. C'est dans ce qui a été appelé la « gauche podcast » que se forme la prochaine génération de militants.

L'expérience du survol du compte X @TwitchGauchiste, qui compile les déclarations au sein de ce monde, est fascinante, tout comme celle des lives Twitch de Globtopus (21 000 abonnés) qui déclarait récemment : « À partir du moment où tu décides d'être fasciste et de faire partie d'un groupe d'extrême droite, tu es violent. Ton existence devient violente. » La conclusion macabre du syllogisme marcusien s'impose alors avec une logique implacable.

Un avenir inquiétant pour la gauche française

Nos sociétés se flatteraient dangereusement à exagérer la distinction entre la Jeune Garde et la jeune Gauche – c'est-à-dire, tout simplement, avec la gauche de demain. Dans la mesure où la gauche a toujours accordé une valeur particulière à l'idole de « l'Avenir », ils risquent d'être de moins en moins nombreux en son sein à être prêts à l'insulter.

Le meurtre de Quentin Deranque n'est pas seulement un fait divers tragique, mais le symptôme d'une évolution profonde des rapports à la violence dans le débat politique français. Alors que les responsables politiques concernés refusent de se désolidariser clairement des mouvements violents, la question se pose : jusqu'où cette banalisation de la violence peut-elle aller ?