Var : la flambée des carburants étrangle les professions essentielles
Alors que le prix du carburant ne cesse de grimper en raison du conflit au Moyen-Orient, de nombreux professionnels varois se retrouvent dans une situation critique. Ambulanciers, conducteurs d'auto-école, auxiliaires de vie et pêcheurs doivent impérativement faire le plein pour exercer leur métier, mais l'explosion des coûts les met financièrement à genoux.
Les ambulanciers au bord du gouffre
Johan Cabrita, directeur général de Var Assistance et délégué régional de la Chambre nationale des services d'ambulances, tire la sonnette d'alarme. « Nous sommes coincés », résume-t-il amèrement. L'augmentation du prix du carburant représente un surcoût moyen d'environ 3 000 euros par véhicule et par an pour sa société.
La profession est déjà asphyxiée selon ses propres termes. Avec des tarifs inchangés depuis 2020 et des délais de paiement des hôpitaux qui s'allongent, les marges de manœuvre sont inexistantes. Plusieurs entreprises varoises sont déjà placées en redressement judiciaire.
Contrairement aux taxis qui récupèrent la TICPE ou aux transporteurs qui bénéficient d'aides gouvernementales, les ambulanciers n'ont aucun moyen de compenser cette hausse. « Le risque de fermeture d'entreprise dans notre secteur est bien réel », assène Johan Cabrita.
Les auto-écoles en difficulté
Jean-Laurent Truchot, directeur de l'auto-école CER Fréjus, fait face à des difficultés similaires. « On en a pour 500 euros de frais d'essence en plus par mois », calcule-t-il. Avec treize véhicules en circulation, sa société dépense plus de 60 000 euros de frais d'essence par an.
Le pire selon lui : « On ne peut pas réévaluer les contrats en cours de nos élèves ». Résultat, même si le permis coûte cher, la rentabilité n'est pas au rendez-vous. « Notre trésorerie est de plus en plus réduite », s'inquiète ce patron qui travaille 60 heures par semaine.
Sa principale crainte fin mars était de voir ses cartes Total bloquées, ce qui l'a poussé à « faire tourner au maximum » sa voiture électrique.
Les adaptations des auxiliaires de vie
Muriel, auxiliaire de vie de 60 ans dans le golfe de Saint-Tropez, a dû revoir complètement son organisation. Pour limiter les dégâts, elle a regroupé au maximum ses déplacements et échangé certains rendez-vous avec une collègue.
Elle a également changé sa voiture pour un modèle moins énergivore et modifié sa façon de conduire. Résultat : sa facture d'essence est passée de 150 à 50 euros par mois.
Optimiste mais réaliste, elle envisage déjà l'achat d'un vélo électrique si la situation perdure. « Si ça continue de grimper, je m'achèterai un vélo électrique », confie-t-elle.
Les pêcheurs varois inquiets
Même avec du gasoil détaxé, les pêcheurs varois subissent de plein fouet la hausse du pétrole. Thierry Rault, ancien premier prud'homme de Saint-Mandrier, explique que leurs frais de carburant ont augmenté de 40 centimes en deux semaines.
« On fait un peu la gueule », lâche-t-il. À raison de 30 ou 40 litres par sortie, le surcoût devrait atteindre 200 ou 300 euros en fin de mois.
Les pêcheurs varois, majoritairement des artisans avec des bateaux plus petits que les chalutiers sétois, espèrent bénéficier des aides gouvernementales comme en 2022. En attendant, ils réduisent les distances de leurs sorties en mer et tirent sur leurs stocks.
Pas question d'augmenter les tarifs pour Thierry Rault : « C'est au gouvernement de faire un effort et même un effort conséquent, pas aux gens ».
Une situation générale préoccupante
Ces témoignages illustrent une réalité économique alarmante dans le Var :
- Les professionnels essentiels sont les premières victimes de la flambée des carburants
- Aucune solution structurelle n'est proposée par les pouvoirs publics
- Les adaptations individuelles atteignent leurs limites
- Le risque de fermetures d'entreprises se précise
Alors que le conflit au Moyen-Orient continue de faire grimper les cours du pétrole, ces travailleurs varois attendent des mesures concrètes pour éviter le naufrage économique de secteurs professionnels pourtant indispensables au fonctionnement du territoire.



