La quête de sens des jeunes ravive l'intérêt pour Henry Thoreau
Les jeunes générations ne rechignent pas devant le travail, mais elles lui cherchent un sens profond. Elles exigent que leur activité professionnelle justifie qu'elles y consacrent la moitié de leur vie éveillée, ce qui représente un engagement considérable. Cette recherche de signification, associée aux préoccupations écologiques croissantes – que les récentes inondations et tempêtes n'ont fait qu'accentuer –, a remis en lumière depuis une quinzaine d'années un auteur du XIXe siècle : Henry David Thoreau.
Un philosophe naturaliste redécouvert
David Henry Thoreau (1817-1862) était un philosophe, naturaliste et poète américain, considéré comme un précurseur de la désobéissance civile. Pour beaucoup, il n'était connu que par l'épisode célèbre de sa retraite dans une cabane qu'il avait construite au bord du lac Walden, expérience qui inspira son ouvrage le plus célèbre : Walden ou la vie dans les bois. Ce livre est rapidement devenu un best-seller dans les pays anglo-saxons et est souvent perçu comme un mythe fondateur de l'écologie moderne.
Pour approfondir la connaissance de cet auteur, le nouveau livre d'Henriette Levillain, Henry D. Thoreau. L'insoumis de Walden (Flammarion, 2026), offre un portrait nuancé. Au lieu d'un mythe, c'est un homme avec ses fragilités, ses peurs et ses audaces qui apparaît. Thoreau est né en 1817 à Concord, dans le Massachusetts, où il vécut jusqu'à sa mort de tuberculose à 44 ans. Contrairement à l'image d'un homme des bois endurci, il n'occupa sa cabane que deux ans et deux mois, de 1845 à 1847, et celle-ci se trouvait à seulement une heure de marche de la demeure familiale.
Une expérience de recentrement sur soi
L'importance de cette expérience ne réside pas dans l'exploit, mais dans le rapport à la nature que Thoreau décrit dans Walden (1854). Voulant affronter seulement les faits essentiels de la vie et éviter de découvrir à l'heure de ma mort que je n'avais pas vécu, il s'immergea dans la nature, acceptant d'en subir la loi et s'attachant à reconnaître et nommer les oiseaux, les poissons et la flore. Il s'agissait pour lui d'éprouver la solitude pour se recentrer sur lui-même.
Cette approche le distinguait de son mentor, le philosophe Ralph Waldo Emerson, qui abordait la nature de manière théorique. Comme le souligne Henriette Levillain, ce n'est pas le fait d'aimer la nature qui caractérise Thoreau, mais de l'aimer autrement que ses contemporains. Sa relation avec le vivant n'était ni sentimentale comme chez les romantiques, ni philosophique comme chez Emerson, mais plutôt une relation d'amitié, visant à s'y relier – une volonté qui trouve de nombreux échos aujourd'hui.
Un hyper-individualiste au grand cœur
Thoreau n'avait aucune prétention militante et une compréhension limitée des enjeux globaux : il peinait à voir la disparition des bisons comme résultant de la prédation des colons, et s'il s'intéressait aux modes de vie des Amérindiens, il semblait ignorer leur génocide. Cependant, sa protestation collective contre l'esclavage des Noirs fut significative. En refusant de payer la taxe locale de Concord pour ne pas soutenir un État qui ne condamnait pas officiellement l'esclavage, il passa une nuit en prison et publia ensuite La Désobéissance civile (1866), un texte qui le rendit mondialement célèbre.
Des figures comme Tolstoï, Gandhi et Martin Luther King furent sensibles à son appel à une révolution tranquille en faveur des opprimés. Aujourd'hui, son héritage résonne particulièrement avec les valeurs de la jeunesse, partagée entre un hyper-individualisme et un grand cœur, cherchant à donner du sens à leur vie et à leurs actions dans un monde en crise écologique et sociale.



