Saint-Denis : vœu sur l'excision adopté malgré l'abstention de la majorité
Saint-Denis : vœu sur l'excision adopté malgré l'abstention

Le conseil municipal de Saint-Denis a adopté, le 24 septembre, un vœu contre l'excision et pour l'adoption de la loi intégrale sur les violences sexuelles et sexistes (VSS), malgré l'abstention de la majorité municipale. Le texte, porté par l'opposition de gauche, a été voté grâce aux 8 voix de l'opposition et à deux élus de la majorité, créant une polémique récupérée par l'extrême droite et le média Valeurs Actuelles sur les réseaux sociaux.

Un vœu local pour la prise en charge des victimes

Le vœu a été rédigé et déposé par les élus du groupe d'opposition Socialistes, Écologistes et Citoyens, puis lu en séance par la conseillère municipale Marguerite Mboulé. Celle-ci a rappelé qu'en France, environ 139 000 femmes vivent avec les séquelles d'une excision, et qu'au centre hospitalier de Saint-Denis, 13 % des femmes prêtes à accoucher sont excisées. L'objectif du texte est d'obtenir des moyens pour que les collectivités continuent de s'engager dans la prévention et l'accès aux soins des victimes, notamment via le soutien au déploiement des Maisons des femmes.

La première adjointe au maire, Cécile Gintrac, qui s'est exprimée en lieu et place du maire Bally Bagayoko (ce que l'opposition regrette), a souligné que de janvier à août 2026, 390 patientes ont déjà été suivies, avec une projection à près de 500 d'ici la fin de l'année.

Le point de blocage : la loi nationale sur les VSS

Pour inscrire ce texte dans l'actualité, l'opposition a intégré un soutien à la proposition de « loi intégrale VSS » actuellement débattue au Parlement. L'opposition souligne que cette loi contient précisément des mesures relatives à l'excision. Comme le rappelle une élue PS contactée par 20 Minutes : « On a en ce moment une loi au Parlement qu'il faut qu'elle aboutisse et donc ça permet de porter le plaidoyer ».

La majorité municipale a salué le vœu, mais a relayé la position nationale de LFI, refusant de soutenir le texte de loi intégrale VSS, jugé « trop incomplète, trop répressive, et n'a pas assez de budget ». Cécile Gintrac a proposé un compromis : « Retirer toute référence à la loi intégrale et, dans ce cas-là, on le votera ». Une modification refusée par l'opposition, qui ne voulait pas « céder » aux positionnements nationaux de LFI.

Une adoption grâce aux voix de l'opposition et deux élus de la majorité

Face au refus de l'opposition de modifier son texte, la consigne de vote de la majorité a été l'abstention. L'abstention n'étant pas un vote contre, les 8 voix de l'opposition, cumulées à deux autres, ont permis l'adoption du vœu. Les 44 abstentions et les votes blancs ne sont pas comptabilisés, et il n'y a pas eu de vote contre.

Deux élus de la majorité ont voté avec l'opposition. « Il y en a quand même deux qui ont dû se dire "non mais ça ne va pas, quand on va se prendre une polémique à deux balles…" et donc qui ont voté avec nous », confie l'élue d'opposition.

Un consensus de fond malgré les divergences nationales

Le vœu « pour la protection des filles et des femmes contre l'excision et les mutilations sexuelles et pour l'adoption de la loi intégrale VSS » a donc été adopté. L'analyse des débats montre qu'il n'y a en réalité aucun désaccord de fond sur la lutte contre l'excision à Saint-Denis. « Nous avons exprimé notre accord sur la partie du texte concernant la lutte contre l'excision », a clarifié Bally Bagayoko sur ses réseaux sociaux.

Cette polémique relève davantage d'un désaccord entre LFI et l'opposition de gauche sur une loi nationale que d'un véritable débat sur l'excision, laissant le champ libre aux récupérations de l'extrême droite.