RN et LFI : les programmes économiques comparés, entre rupture et quête de respectabilité
RN et LFI : les programmes économiques face à face

RN et LFI : les programmes économiques comparés, entre rupture et quête de respectabilité

« Je ne veux pas que le RN prenne le pouvoir. Je ne fais pas confiance à ces gens-là pour gérer la France. Je ferai tout pour que cela n’arrive pas […]. LFI, c’est pareil, […] je les mets sur le même plan. » Cette déclaration du Prix Nobel d’économie Philippe Aghion sur BFMTV en octobre dernier avait provoqué l’ire des états-majors de La France insoumise et du Rassemblement national. Pourtant, de nombreux points communs économiques existent entre ces deux formations : une hostilité partagée envers la mondialisation et l’Union européenne, la désignation de boucs émissaires comme les riches ou les immigrés, et une certaine pensée magique quant au redressement des finances publiques.

Idéologiquement inébranlable contre ligne économique floue

Du côté de LFI, le programme « L’avenir en commun » est clair et idéologiquement inébranlable. Élaboré depuis plus de dix ans par des équipes insoumises, dont les députées Clémence Guetté et Aurélie Trouvé, il compte 831 propositions déclinées en une cinquantaine de thèmes. L’esprit ? Lutte des classes, rupture avec l’orthodoxie néolibérale, et mise en place d’un programme keynésien et redistributif. « L’orientation générale demeure la même : keynésienne et redistributive », explique Nicolas Laine, expert finances publiques de l’institut Montaigne.

À l’inverse, la ligne économique du RN est idéologiquement plus floue et a beaucoup évolué. Finis la sortie de l’euro ou le retour à la retraite à 60 ans ! Il s’agit désormais d’un compromis instable entre un discours social protecteur et une politique pro-business marquée par Jordan Bardella. « Intellectuellement, on ne sait pas dans quelle ligne économique ils s’inscrivent… Cela ressemble un peu à une liste de courses où chacun peut trouver son compte », commente Sylvain Bersinger, économiste et fondateur de Bersingéco.

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Retraites : des promesses coûteuses et des revirements

LFI promet l’abrogation de la réforme Borne et le retour à la retraite à 60 ans à taux plein pour quarante annuités de cotisations, avec une indexation des pensions sur les salaires. Une mesure chiffrée par l’institut Montaigne entre 49 et 67 milliards d’euros. « Nous nous sommes engagés là-dessus, pas dans un moment d’irresponsabilité communicationnelle », a tonné Jean-Luc Mélenchon.

Le RN, quant à lui, a connu des revirements. Après avoir longtemps défendu le retour à 60 ans, le parti promet désormais l’abrogation de la réforme Borne et un système progressif basé sur l’âge d’entrée sur le marché du travail. Une mesure estimée entre 31,5 et 44,7 milliards d’euros. « Pourrait-on en rester au gel de la réforme ? La question se pose », souffle un cadre du parti.

Pouvoir d’achat et emploi : des approches divergentes

Pour le pouvoir d’achat, LFI propose un bazooka : revalorisation des salaires des fonctionnaires, encadrement des prix des produits de première nécessité, gratuité de l’école… Une addition salée de dizaines de milliards d’euros. Le RN mise sur la baisse de la TVA sur les produits énergétiques et de première nécessité, ainsi qu’une part fiscale pleine dès le deuxième enfant.

Sur l’emploi, LFI veut porter le Smic à 1 600 euros nets, instaurer une sixième semaine de congés payés et garantir l’emploi pour tous. Le RN privilégie l’incitation : exonération de cotisations sociales pour les entreprises augmentant les salaires de 10 %, et priorité nationale dans l’emploi nécessitant une révision constitutionnelle.

Dette et finances publiques : le grand écart

Le coût de « L’avenir en commun » est chiffré par LFI à 250 milliards d’euros par an, financé par 267 milliards de recettes via taxation des plus riches, lutte contre la fraude et reprise économique. L’institut Montaigne estime plutôt une augmentation du déficit de 179 milliards. « C’est pire qu’en 1981 : c’est un plan de dépôt de bilan », soupire Guillaume Hannezo, ancien conseiller économique de François Mitterrand.

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Le RN compte sur des hausses de recettes (lutte contre la fraude, impôt sur la fortune financière) et la relance par la consommation, mais aussi sur des économies budgétaires. L’institut Montaigne calcule une hausse du déficit de 71 milliards d’euros. « Si vous voulez revenir à moins de 3% du PIB, vous devez faire 140 milliards d’euros d’économies », ajoute Nicolas Laine.

L’Europe en ligne de mire

Les deux partis misent sur l’Europe pour financer leurs projets. LFI propose la fin des critères budgétaires européens, avec un plan A de récupération de souveraineté budgétaire ou un plan B de désobéissance. Le RN souhaite que la BCE rachète de la dette française pour faire baisser les taux. Christine Lagarde a répondu indirectement : « Il y a toujours le risque qu’un gouvernement à courte vue soit tenté d’essayer de forcer la main d’une banque centrale ».

Finalement, le plus grand point commun entre le RN et LFI est peut-être de penser que l’Europe paiera pour leur rupture avec elle. Entre le catalogue exhaustif de la rupture côté Insoumis et la quête de respectabilité du Rassemblement national, les divergences deviennent aujourd’hui plus importantes que les similitudes.