Les pompiers face au défi des polluants éternels
Le règlement européen UE 2024/2462 impose désormais des normes strictes concernant l'utilisation de substances polluantes, impactant directement les services départementaux d'incendie et de secours (Sdis) de la Charente-Maritime et de la Charente. Contrairement à d'autres départements, ces deux Sdis sont particulièrement concernés en raison de leurs missions spécifiques.
Une nécessité liée aux risques industriels
En effet, les sapeurs-pompiers utilisent régulièrement des émulseurs anti-incendie pour combattre les feux d'hydrocarbures et d'alcool de bouche. Ces interventions sont cruciales pour couvrir les risques associés aux stockages du Grand port maritime de la Pallice et aux productions de cognac, activités économiques majeures de la région. Or, ces émulseurs contiennent de l'acide undécafluorohexanoïque, une substance appartenant à la famille des PFAS, ces polluants dits "éternels" pour leur persistance dans l'environnement.
Un chantier de dépollution ambitieux
Face à cette situation, le Sdis 17 (Charente-Maritime) et le Sdis 16 (Charente) ont lancé un vaste chantier de dépollution de leurs véhicules, engins et cuves. Après une étude de marché approfondie, la direction a constaté avec regret qu'aucune solution ne répondait de manière à la fois efficace et économique pour une dépollution certifiée. Cette impasse a conduit à une collaboration inédite.
C'est avec le leader industriel mondial du transport spatial civil et militaire, ArianeGroup, que les Sdis ont signé un protocole de dépollution spécifique. Ce partenariat souligne l'ampleur technique du défi à relever.
Un procédé technique détaillé et coûteux
En Charente-Maritime, une quarantaine de fourgons-pompes sont concernés par cette opération. En décembre dernier, onze véhicules ont déjà été traités. Le processus de dépollution suit un protocole précis :
- Le véhicule subit d'abord un prérinçage à l'eau.
- Il est ensuite décontaminé à l'aide d'une solution spécifique aux PFAS, appelée SDPerf.
- Un dernier rinçage à l'eau complète le traitement.
ArianeGroup prend ensuite en charge le traitement des effluents jusqu'à la destruction totale des déchets, garantissant ainsi une élimination complète des polluants.
Cette opération représente un investissement significatif. Le directeur du Sdis 17, le contrôleur général Didier Marcaillou, précise que le coût s'élève entre 3 000 et 4 000 euros par véhicule. Pour soutenir cette initiative, l'État apporte une aide financière de 100 000 euros, reconnaissant l'importance de cette démarche environnementale.
Une échéance fixée pour 2026
L'objectif est clair : la totalité des véhicules devra être dépolluée d'ici 2026. Cette date correspond à la transition vers l'utilisation de nouveaux émulseurs sans fluor, conformes à la future réglementation. La nouvelle réglementation européenne entrera en vigueur dans le courant de l'année, accélérant ainsi la nécessité pour les services de secours de s'adapter rapidement.
Cette démarche proactive des Sdis de Charente et Charente-Maritime illustre les défis concrets que pose la lutte contre les polluants persistants, tout en mettant en lumière des collaborations innovantes entre secteurs publics et privés pour protéger l'environnement.



