Mort de Quentin Deranque à Lyon : l'ultragauche accusée d'une violence préméditée et ciblée
Jeudi 13 février au soir, à Lyon, une manifestation devant Sciences Po tourne au drame. Six militantes du collectif identitaire Némésis protestent contre une conférence de l'eurodéputée LFI Rima Hassan. Quentin Deranque, jeune militant identitaire de 23 ans et étudiant en mathématiques, est présent pour assurer leur sécurité. Il est violemment agressé par plusieurs individus, que le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez qualifie de « militants d'ultragauche ». Le jeune homme succombe à ses blessures deux jours plus tard, plongeant la classe politique dans une condamnation unanime de cette violence extrême.
Plusieurs témoignages pointent l'implication du mouvement la Jeune Garde, une organisation antifasciste dissoute pour ses actions violentes, bien que l'enquête n'ait pas encore confirmé ces allégations. Le procureur de Lyon doit tenir un point presse ce 16 février. Déjà, les accusations fusent. « Aujourd'hui, c'est l'ultragauche qui a tué, c'est incontestable », a déclaré le ministre de la Justice Gérald Darmanin sur le plateau du Grand Jury RTL-Public Sénat-le Figaro-M6. Cette tragédie soulève des questions cruciales sur la légitimation du passage à l'acte violent et l'évolution de l'ultragauche.
Une violence qui a changé de nature
Olivier Vial, directeur du CERU et président de l'UNI, analyse cette transformation. Il rejette le terme de « rixe » utilisé initialement. « Une rixe, c'est une rencontre fortuite entre deux groupes qui s'affrontent à forces comparables. Ce n'est pas du tout ce que montrent les éléments dont nous disposons », explique-t-il. La vidéo authentifiée par TF1 montre une dizaine d'individus frappant trois personnes à terre. « Ce n'est pas un affrontement. C'est un lynchage », insiste-t-il.
La violence politique entre militants n'est pas nouvelle, mais sa nature a profondément changé depuis 2018-2020. « Aujourd'hui, l'ultragauche a adopté une logique de violence préméditée et ciblée », affirme Olivier Vial. Les militants fichent leurs adversaires, les traquent lorsqu'ils sont isolés, devant leur domicile, dans des situations de totale infériorité numérique. L'objectif déclaré n'est plus d'empêcher une action, mais de terroriser, de signifier à l'adversaire qu'il ne sera en sécurité nulle part.
Cette évolution est explicitement théorisée dans le Manuel antifasciste de Mark Bray, paru en 2018. Bray y formalise le concept de coût social : rendre les idées adverses tellement coûteuses socialement, professionnellement, familialement et physiquement que leurs défenseurs renoncent. La violence physique est décrite comme une composante « vitale » de l'antifascisme, transformant concrètement les pratiques avec du doxing, du harcèlement numérique et des agressions physiques ciblées.
Le rôle de la Jeune Garde et les liens avec LFI
Certains témoins affirment avoir reconnu, parmi les agresseurs de Quentin, des membres du collectif la Jeune Garde, dissous en juin 2025. Qu'elle soit impliquée ou non, cette organisation a introduit une innovation structurelle dans la galaxie antifa. Fondée à Lyon par Raphaël Arnault, elle a créé une marque nationale avec des structures à Lyon, Strasbourg, Paris, des camps d'entraînement physique et une esthétisation de la violence. « C'est cette professionnalisation et cette visibilité revendiquée qui ont retenu l'attention de Jean-Luc Mélenchon », note Olivier Vial.
Jean-Luc Mélenchon a investi Raphaël Arnault, triple fiché S, aux législatives de 2022. « Il a construit une passerelle entre l'ultragauche violente et la gauche parlementaire », analyse Olivier Vial. Deux jours avant la mort de Quentin, LFI publiait un communiqué s'opposant à la dissolution de la Jeune Garde. Des députés LFI comme Carlos Bilongo se sont mis en scène lors d'entraînements à la boxe avec des lieutenants d'Arnault. « La condamnation verbale sonne creux au regard des actes », estime Olivier Vial.
Une situation quantitative et structurelle alarmante
Les services de renseignement estiment au minimum à 3 500 le nombre de personnes fichées S dans la galaxie ultragauche, contre un peu plus de 1 500 pour l'ultradroite. « On estime entre 15 000 et 20 000 les individus présentant des profils préoccupants à l'ultragauche », précise Olivier Vial. L'ultradroite est beaucoup moins organisée, sans doctrine unifiée comparable ni logistique de formation. Contrairement à la gauche, les partis de droite maintiennent une frontière ferme avec ces milieux.
L'écosystème ultragauche s'est élargi, fusionnant avec la gauche radicale écologiste. Des mouvements comme les Frites insoumises brûlent des usines, des entrepôts, des fast-foods. Les sabotages du réseau SNCF avant les Jeux de Paris 2024, les coupures d'électricité, les attaques contre les forestiers portent la marque de cet écosystème élargi. « Ce n'est plus une nébuleuse marginale », alerte Olivier Vial.
Les universités, foyers de radicalisation
Les campus sont devenus des foyers structurels de cette radicalisation. L'organisation Le Poing levé recueille 30 à 50 % des voix aux élections étudiantes dans certaines universités. Ses militants ont fait venir Jean-Marc Rouillan, cofondateur d'Action directe, à l'université de Bordeaux pour disserter sur la lutte armée. Ils revendiquent des liens avec des mouvements propalestiniens proches du FPLP et considèrent l'action terroriste comme légitime.
Des ingérences étrangères sont documentées. En 2024, Bachir Biazar, identifié comme agent d'Al-Qods, a été arrêté à Dijon et expulsé. Sa mission était de structurer des mouvements de contestation au sein de l'université de Dijon. « Certains États ont tout intérêt à ce qu'une partie de nos futures élites soient hostiles aux institutions françaises », souligne Olivier Vial.
Une réponse judiciaire insuffisante
La justice ne traite pas ce phénomène à sa juste mesure. L'ancien procureur de Grenoble, Éric Vaillant, a regretté que sa hiérarchie traite ces affaires en droit commun plutôt que de les confier au Parquet national antiterroriste. « Nous sommes face à une violence politique organisée, idéologiquement cohérente, avec des cibles désignées, des réseaux, des formations partagées », insiste Olivier Vial.
La crainte d'une escalade est réelle. « Il ne faudrait pas que des individus décident de se venger en dehors du cadre judiciaire », prévient-il. À gauche, monte le concept d'autodéfense, théorisé par les antifas comme la création de structures parallèles capables de se substituer à la police. « Quand un parlementaire de la République le valide publiquement, une ligne est franchie », conclut Olivier Vial. Si la réponse judiciaire à la mort de Quentin se révèle insuffisante, ces logiques radicales risquent de prendre le dessus, avec des conséquences dramatiques.



