Lyon, épicentre des affrontements entre extrêmes politiques
Après le décès tragique de Quentin, un jeune militant nationaliste de 23 ans blessé lors d'une rixe jeudi à Lyon, nous republions cette enquête parue en juin 2025. La moindre occasion devient prétexte à l'affrontement physique dans la capitale des Gaules. Gauche et droite radicales n'hésitent pas à en découdre lors de manifestations, de rassemblements liés à des faits divers ou simplement en se croisant dans la rue.
Lyon se distingue par la concentration exceptionnelle de groupes politiques radicaux, tant à gauche qu'à droite. Des organisations violentes, en paroles comme en actes. « C'est une spécificité lyonnaise », confirme une source à la préfecture du Rhône, soulignant l'ampleur du phénomène.
Dissolution gouvernementale de deux associations lyonnaises
Ce jeudi, en conseil des ministres, deux de ces associations lyonnaises ont été dissoutes sur proposition du ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau. Il s'agit de la Jeune Garde, groupe antifasciste précédemment mené par le député NFP/LFI Raphaël Arnault, et Lyon populaire, groupe national-révolutionnaire d'ultradroite.
Le président du parti Les Républicains leur reproche « de provoquer des agissements violents contre les personnes, provocations bien souvent suivies d'effets » et d'« exalter impunément la haine et la violence, quelle que soit leur orientation politique ou idéologique ». Une décision qui intervient dans un contexte de tensions exacerbées.
La Jeune Garde : radicalisation de l'ultragauche lyonnaise
La Jeune Garde est accusée par le gouvernement d'être impliquée dans de nombreuses rixes à Lyon. Les antifas assument ouvertement la confrontation violente avec les « natios » (nationalistes). Les autorités leur reprochent au moins neuf actions violentes en marge de manifestations. Le groupe a annoncé faire appel de sa dissolution devant le Conseil d'État.
Le mouvement a établi ses quartiers généraux dans le quartier de la Guillotière et sur les pentes de la Croix-Rousse. Ces dernières années, il a gagné en puissance sous l'impulsion du médiatique député Raphaël Arnault. À tel point que la Jeune Garde, proche de LFI, a été utilisée comme service d'ordre par la CGT lors de certaines manifestations.
À Lyon, ils défilent aux côtés de la Ligue révolutionnaire ou du groupe propalestinien La Fosse aux Lyons, actuellement en veille. « On observe une radicalisation de l'ultragauche depuis le 7 octobre 2023 », note une source sécuritaire lyonnaise, faisant référence aux événements au Proche-Orient.
Antécédents et bastions de la gauche radicale
Avant la Jeune Garde, un autre mouvement « antifa » avait été dissous en mars 2022 : le Gale. Son lieu de ralliement devenu squat autogéré, l'Espace communal de la Guillotière, avait été vidé et fermé par les autorités. Les locaux étaient tapissés d'affiches sur la Palestine, Georges Abdallah, la Kanaky… mais aussi le portrait d'un commissaire de police honni.
La gauche radicale compte un autre bastion important : l'université Lyon-2. Au cœur du campus, un bâtiment est recouvert de slogans néoféministes, propalestiniens… Un tag « Tue un islamophobe » accueille même les visiteurs à l'entrée, illustrant la radicalisation du discours.
Lyon populaire : l'ultradroite national-révolutionnaire
Quant à Lyon populaire, le second groupe dissous ce jeudi par le gouvernement, il s'agit d'un cas spécifique de nationaux-révolutionnaires. « Ce sont des militants de droite, mais ils soutiennent Georges Abdallah ou même (Hassan) Nasrallah [ex-chef du Hezbollah tué lors d'une frappe israélienne le 27 septembre 2024], tous les nationalistes arabes », explique une source sécuritaire.
À la différence d'autres groupes identitaires, Lyon populaire parlait aussi « d'écologie intégrale » et de « justice sociale ». Ses militants se voulaient proches du « peuple ». Loin des traboules du Vieux-Lyon, ils avaient essayé d'organiser un rassemblement dans une zone industrielle en banlieue, à Vaulx-en-Velin, rassemblement interdit par crainte de troubles à l'ordre public.
Le gouvernement leur reproche notamment « de faire l'apologie de la collaboration avec le nazisme et de provoquer à la haine, à la violence et à la discrimination envers les étrangers ».
Une cohabitation conflictuelle entre extrêmes
Ces mouvances d'ultragauche et d'ultradroite ne cohabitent pas en paix à Lyon. Lorsqu'un fait divers concerne une victime dite « de souche », les identitaires défilent nombreux dans la ville, ce qui donne l'occasion aux antifas de s'y confronter directement.
Des défilés ont ainsi eu lieu après plusieurs événements marquants :
- Le drame de Crépol
- La mort de Lola
- Le décès de Jean-Marie Le Pen
- Le soir du match de Coupe du monde de football France-Maroc en 2022
- Après la mort de Nahel
Un événement est particulièrement surveillé : la marche Lugdunum Sum, le 8 décembre. Lors de cette procession religieuse, un groupe d'ultradroite avait pour habitude de se glisser dans le cortège, ses membres masqués, derrière le diocèse. « Grâce à la pression policière et la coopération du diocèse, ça fait deux ans qu'ils ne se mêlent plus de la sorte au cortège », se félicite une source à la préfecture.
Côté extrême gauche, des manifestations contre le racisme ou pro-Gaza rassemblent souvent les black blocs et les groupes radicaux cités précédemment, créant des situations explosives.
Réorganisation permanente des groupes dissous
Une fois les groupes d'ultradroite dissous (Bastion social en 2019, Génération identitaire en 2021, les Remparts en 2024…), leurs membres se sont systématiquement réorganisés sous d'autres noms, dans d'autres villes, avec d'autres objectifs (salle de sport, bars…).
Il n'y a pas de raison que l'ultragauche ne suive pas ce même chemin. Le groupe de supporteurs antifas de l'Olympique lyonnais « 69 Pirates » est par exemple né récemment des cendres de l'ex-Gale. La structure se dissout, pas l'idéologie.
L'ex-ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin avait mis en place des cellules de veille sur l'extrémisme violent. Instaurée il y a deux ans, celle de Lyon n'a décidément pas de quoi chômer, face à cette radicalisation persistante des deux bords politiques.



