L'arrivée du loup modifie profondément la gestion cynégétique en Lozère
L'assemblée générale du Groupement d'intérêt cynégétique (GIC) Cerf les Grands bois de la Truyère, tenue vendredi 20 février aux Estrets, a mis en lumière des préoccupations croissantes concernant l'impact du loup sur les écosystèmes locaux. Cette réunion a rassemblé des acteurs clés du territoire, dont Christophe Rieutort, technicien du GIC, des représentants de la Fédération départementale des chasseurs de Lozère, de l'Office national des forêts (ONF), des forêts privées et de la louveterie, ainsi que les présidents des onze sociétés de chasse du groupement.
Une gestion cynégétique sous tension
Le président Patrick Paulhac a ouvert la séance en rappelant les efforts de prélèvement réalisés par le GIC, menés en coordination avec les agriculteurs et les forestiers. Cependant, le bilan de l'année 2025 présenté par M. Rieutort révèle des difficultés significatives : sur 161 attributions de chasse prévues, nombreuses ont été réalisées tardivement, voire non achevées dans certains secteurs. "Une population bien gérée, c'est ce que l'on conclut à la suite de l'analyse des critères techniques", a déclaré le technicien, tout en soulignant la nécessité de rester prudent face à des facteurs nouveaux et perturbateurs.
Le loup et le changement climatique : des défis majeurs
Deux éléments viennent compliquer la maîtrise des effectifs de gibier : l'arrivée du loup et les effets du changement climatique. Les méthodes de suivi actuelles devront permettre de réagir rapidement et d'anticiper les décisions à prendre avec les chasseurs. Les représentants de l'ONF ont indiqué qu'un plan de plantation forestière nécessitera une vigilance accrue, tandis que les forêts privées préconisent un renforcement des prélèvements.
Désertion des cervidés et déplacements observés
Le tour de table des sociétés de chasse a fait émerger des inquiétudes concrètes. Pour la première fois, les attributions ont eu du mal à se réaliser avant mi-décembre, certaines n'étant toujours pas terminées mi-février. Il apparaît que de nombreux cervidés et chevreuils ont déserté en partie des lieux emblématiques comme Fontans, Sainte-Eulalie et la Pierre plantée, pour se déplacer vers des zones où la présence du loup est moins marquée. Les observations sur le terrain, notamment les carcasses trouvées en Margeride, confirment cette tendance et suggèrent une diminution du nombre d'animaux due à la prédation lupine.
Un équilibre précaire à préserver
M. Fabre, de la Fédération départementale des chasseurs, a exprimé un changement d'opinion significatif : "J'ai toujours dit qu'il fallait être prudent dans les prélèvements, mais aujourd'hui mon opinion est modifiée car il y a danger, qu'on le veuille ou non, avec la présence des loups". Il souligne que si les prélèvements ne sont pas encore dramatiques, les futurs comptages seront déterminants pour évaluer l'état des populations. La prudence s'impose désormais dans l'autre sens : si le loup précède les actions des chasseurs, le risque de catastrophe écologique et cynégétique devient réel.
Perspectives incertaines pour l'avenir
En conclusion de l'assemblée, Patrick Paulhac a partagé son perplexité : "On part perplexe... Pour l'instant, la population est bien implantée, on verra comment ça va évoluer". Il a rappelé que le GIC reste en bonne santé avec la présence d'animaux, contrairement à certains départements où les populations se sont effondrées. La réactivité et l'adaptation seront essentielles pour faire face à cette nouvelle donne écologique qui bouleverse les pratiques traditionnelles de gestion du gibier en Lozère.



