La faillite de Koko Networks ébranle les fondements des crédits-carbone internationaux
L'onde de choc provoquée par la cessation d'activité de Koko Networks à Nairobi le 31 janvier s'est propagée bien au-delà des frontières kényanes, atteignant les institutions internationales les plus influentes en matière de climat. Cette entreprise spécialisée dans la distribution de réchauds au bioéthanol était pourtant considérée comme un pilier des mécanismes de compensation carbone.
Un séisme jusqu'à Montréal et Washington
À Montréal, siège de l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI), la nouvelle a semé un doute considérable quant à la fiabilité des systèmes élaborés pour permettre aux grands pollueurs, notamment du secteur aérien, d'effacer une partie de leur dette climatique. Koko Networks représentait en effet l'une des principales sociétés sur lesquelles les compagnies aériennes regroupées au sein de l'OACI comptaient pour s'acquitter de leurs obligations environnementales.
À Washington, les murs de la Banque mondiale ont également tremblé. L'institution financière avait accordé sa première garantie contre le risque politique et de rupture de contrat pour un projet de cette nature, évaluée à 179 millions de dollars (150 millions d'euros). Cette garantie historique concernait directement les activités de Koko Networks, faisant de cette faillite un précédent inquiétant pour les futurs projets climatiques soutenus par la banque.
L'effondrement d'un modèle prometteur
Fondée en 2014, Koko Networks avait développé un réseau impressionnant à travers plusieurs villes kényanes. L'entreprise employait 700 salariés, tous désormais licenciés, et s'appuyait sur un vaste réseau de revendeurs. Son système innovant permettait à 1,5 million de clients d'utiliser 3 000 distributeurs automatiques installés dans des magasins de quartier pour recharger leurs bonbonnes de bioéthanol via une application de paiement mobile.
Le bioéthanol distribué était produit majoritairement à partir de déchets de canne à sucre, représentant ainsi une solution énergétique plus propre pour les ménages kényans. Ce modèle avait attiré le soutien de grands fonds d'investissement, dont celui de Microsoft pour l'innovation climatique, témoignant de la crédibilité initiale du projet.
Les conséquences immédiates et les interrogations futures
Depuis le 1er février, la société a été placée sous administration du cabinet international PricewaterhouseCoopers, marquant la fin brutale de ses activités. Cette situation laisse derrière elle non seulement des centaines d'employés sans travail, mais aussi des millions de clients privés d'une source d'énergie alternative.
Cette faillite soulève des questions fondamentales sur la viabilité des mécanismes de compensation carbone qui reposent sur des entreprises privées dans les pays en développement. Les institutions internationales devront maintenant réévaluer leurs critères de sélection et leurs garanties pour éviter que de tels scénarios ne se reproduisent, alors que la pression climatique ne cesse de croître.
L'effondrement de Koko Networks représente ainsi bien plus qu'une simple faillite d'entreprise : c'est un test crucial pour la crédibilité des systèmes internationaux de lutte contre le changement climatique, particulièrement dans le secteur aérien qui compte largement sur ces mécanismes pour atteindre ses objectifs de réduction d'émissions.



