Les connexions politiques d'un mouvement d'ultragauche violent
Les six suspects identifiés dans le meurtre de Quentin Deranque, survenu samedi 14 février, sont tous membres de la Jeune Garde. Ce mouvement d'ultragauche, fondé en 2018 à Lyon, entretient des relations étroites avec plusieurs partis politiques nationaux, notamment La France insoumise (LFI).
Des liens organiques avec La France insoumise
Raphaël Arnault, fondateur de la Jeune Garde fiché S et condamné pour violences en 2022, a été investi par LFI aux législatives de 2024. Élu député du Vaucluse en juillet 2024, il continue de collaborer avec le mouvement que LFI qualifiait d'"essentiel" deux jours avant l'agression mortelle.
Depuis la procédure de dissolution initiée par Bruno Retailleau, alors ministre de l'Intérieur, Arnault se mobilise activement sur les réseaux sociaux de la Jeune Garde. Ses publications reçoivent régulièrement des commentaires ou des "likes" de cadres LFI comme Manon Aubry ou Sébastien Delogu, ce dernier écrivant parfois "merci d'exister" ou "bravo".
Dans une vidéo du 12 juin 2025, Raphaël Arnault appelle explicitement à mobiliser contre la dissolution devant le Conseil d'État, utilisant le "on" comme s'il faisait toujours partie du mouvement. Fin novembre 2025, il partage sur X une vidéo d'Anaïs Belouassa, députée LFI du Rhône et tête de liste aux municipales de Lyon, portant un t-shirt floqué du logo de la Jeune Garde avec le commentaire : "Ça représente fort les couleurs ici ; Contre la dissolution de la Jeune Garde".
Une porosité qui dépasse LFI
Ces connexions ne se limitent pas aux Insoumis. Un militant du PCF local affirme que la Jeune Garde a participé à des actions communes avec des communistes, certains membres venant même "aider" lors de mobilisations sensibles comme à la Croix-Rousse.
"À gauche, bien plus qu'à droite, les frontières entre groupe ultra et partis politiques sont beaucoup moins étanches", explique un ancien militant LR. "Aux élections, on retrouve souvent parmi les militants qui tractent des membres de groupuscules d'extrême gauche comme la Jeune Garde, là où les ultras de droite sont marginalisés à Lyon."
Les Écologistes également concernés
Plus surprenant, les Écologistes, qui dirigent la mairie de Lyon depuis 2020, entretiendraient aussi des liens avec le mouvement. Manuel Bompard a affirmé sur France Inter que la Jeune Garde dispensait des stages d'"autodéfense populaire" pour les Écologistes, information confirmée par l'ancien porte-parole du mouvement Cem Yoldas.
Des photos sur les réseaux sociaux montrent les maires écologistes du Ier et IVe arrondissement, Yasmine Bouagga et Rémi Zinck, posant avec Raphaël Arnault et d'autres membres. En septembre 2024, le compte des Écologistes-EELV du Rhône a relayé un appel à manifester utilisant une photo où apparaît clairement le drapeau de la Jeune Garde parmi d'autres organisations.
La mairie de Lyon dans la tourmente
En février 2022, Mohamed Chihi, adjoint à la sécurité de Grégory Doucet, déclarait s'appuyer sur "des associations" dont la Jeune Garde pour lutter contre l'extrême droite. Contacté, son entourage précise que ces échanges "limités dans le temps" en 2021 "n'ont pas été poursuivis" et relevaient d'"une démarche d'écoute et d'information".
Un conseiller municipal d'opposition estime que "la plupart des Écologistes jouent aujourd'hui la respectabilité en condamnant, mais ils ont aussi une part de responsabilité", notant que la violence de la Jeune Garde était déjà connue en 2022.
Une violence militante assumée
Dès sa création, la Jeune Garde a adopté des modes d'action particulièrement violents. Des vidéos sur Telegram montrent des membres se vantant d'agressions, utilisant un vocabulaire agressif comme "piétiner", "supplier" ou "terrés dans leur local".
L'UNI, classé à droite, affirme que plusieurs de ses membres ont été "violemment attaqués" à cinq reprises à Lyon, "simplement parce qu'ils étaient identifiés comme étant de droite". Parmi les agresseurs présumés figure Jacques-Elie Favrot, collaborateur parlementaire de Raphaël Arnault, interpellé le 17 février et présent sur les lieux du meurtre de Quentin Deranque.
"Il est de tous les mauvais coups à Lyon", accuse Lois Turpin, président de l'UNI Lyon. "Dans 60 à 70% des agressions que nous avons subies, il était présent et agissait la plupart du temps à visage découvert."
Ces éléments contredisent les promesses de simple "autodéfense populaire" de Raphaël Arnault et soulèvent des questions cruciales sur la porosité entre militantisme radical et sphère politique institutionnelle.



