Un hommage controversé à Lyon mobilise l'ultradroite française
Environ 3 200 personnes, selon la préfecture du Rhône, ont participé samedi après-midi à Lyon à un hommage au militant d'extrême droite Quentin Deranque, tué la semaine dernière. Les organisateurs ont pour leur part estimé la participation à 3 500 personnes. Ce rassemblement a donné lieu à des manifestations symboliques et verbales particulièrement marquées par l'idéologie d'ultradroite.
Des symboles et discours politiques explicites
Derrière de larges portraits de Quentin Deranque, des symboles de l'ultradroite étaient clairement visibles et des discours très politiques ont été tenus contre « le gauchisme » ou « la violence antifasciste ». Des banderoles « l'extrême gauche tue » côtoyaient des drapeaux tricolores, tandis que les manifestants scandaient « Antifas assassins », « LFI complice » ou encore « Jeune Garde en prison, libérez la ville de Lyon ».
La région Auvergne-Rhône-Alpes, dont l'exécutif est dirigé de fait par Laurent Wauquiez (Les Républicains), a déployé un large portrait du jeune homme sur sa façade, un geste qui n'est pas passé inaperçu dans le contexte politique actuel.
Présence de figures controversées de l'extrême droite
Dans la foule se trouvaient des anciens membres de mouvements dissous comme les Remparts, d'Audace – descendant du Bastion social – et du syndicat d'extrême droite la Cocarde étudiante. En première ligne du cortège à Lyon se trouvait Yvan Benedetti, ancien dirigeant pétainiste de l'Œuvre française, mouvement aujourd'hui dissous, et ex-cadre du Front national avant son exclusion.
Marc de Cacqueray-Valmenier, ex-dirigeant des Zouaves Paris, groupuscule d'ultradroite aujourd'hui dissous, était également présent parmi les manifestants. Cette présence de figures emblématiques de l'extrême droite radicale a contribué à donner une dimension particulièrement politique à cet hommage.
Un dispositif sécuritaire conséquent et des réactions politiques vives
Le ministère de l'intérieur et la préfecture du Rhône avaient déployé un dispositif sécuritaire important avec des renforts de CRS, de gendarmes mobiles, et deux drones surveillant le cortège. Dès que des contre-manifestants s'approchaient, des policiers se positionnaient pour les bloquer, selon la préfecture.
La préfète Fabienne Buccio avait déclaré : « On ne tolérera pas le moindre incident au sein du cortège » ni « en marge de cette marche », expliquant que la vigilance se prolongerait « dans la soirée ». Malgré ces précautions, des saluts nazis ainsi que des insultes racistes et homophobes ont été signalés pendant la marche, poussant la préfecture à saisir la justice.
Les réactions des élus locaux et nationaux
Le maire écologiste de Lyon, Grégory Doucet, avait plaidé en vain pour que la marche soit interdite. « Je ne veux pas que Lyon soit la capitale de l'ultradroite », a-t-il déclaré avant la marche. « C'est d'abord la ville de Jean Moulin, la capitale de la Résistance. »
Dans la matinée, le président Emmanuel Macron avait appelé « tout le monde au calme » et annoncé que le gouvernement se réunirait la semaine prochaine pour discuter des « groupes d'action violente ».
Yannick Jadot monte au créneau avec des critiques acerbes
C'est dans ce contexte tendu que le sénateur écologiste Yannick Jadot a pris la parole dans un entretien à La Tribune Dimanche, publié samedi soir. L'ancien candidat à la présidentielle a lancé un avertissement clair à Jean-Luc Mélenchon : « Jean-Luc Mélenchon doit faire les clarifications nécessaires pour rester dans l'arc républicain ».
Le sénateur a été sans équivoque : « S'il n'y a pas cette clarification de Jean-Luc Mélenchon, il n'y aura plus d'alliance possible ». Cette déclaration intervient dans un moment de tension au sein de la gauche française, où les positions de La France insoumise font l'objet de vifs débats.
Une critique sévère de l'exécutif et de la droite
Yannick Jadot n'a pas épargné le gouvernement et le parti Les Républicains dans ses critiques. Il a fustigé leur comportement après la mort de Quentin Deranque, estimant qu'ils contribuent à banaliser l'extrême droite.
« En diabolisant de manière outrancière La France insoumise et en exonérant l'extrême droite de sa propre violence politique, qui lui est pourtant consubstantielle, le gouvernement et la droite donnent des brevets de vertu au Rassemblement national et favorisent son accession au pouvoir », a déploré le sénateur écologiste.
Il a poursuivi avec véhémence : « C'est irresponsable et suicidaire », avant d'ajouter : « l'ultradroite a tué dix fois plus que l'ultragauche et, malgré le vernis de la banalisation, les liens entre les élus et les dirigeants du RN avec les groupuscules néonazis sont documentés ».
Des manifestations similaires dans d'autres villes françaises
À Rennes, environ 200 personnes ont rendu hommage à Quentin Deranque en fin de matinée. Face à eux, près de 300 contre-manifestants ont déployé une banderole disant « On ne pleure pas les nazis ». Quand certains ont essayé de sortir du périmètre autorisé, les forces de l'ordre ont tiré des gaz lacrymogènes pour les bloquer.
L'organisateur de ce rassemblement rennais était l'influenceur d'extrême droite connu sous le pseudonyme Le Jarl, de son vrai nom Yovan Delourme. Ce quinquagénaire, qui compte plusieurs centaines de milliers d'abonnés sur les réseaux sociaux, multiplie les vidéos sur l'insécurité et prédit un « chaos » imminent dans le pays.
Les réactions institutionnelles se multiplient
Le ministre de l'intérieur, Laurent Nuñez, a félicité la préfecture du Rhône pour la « gestion du rassemblement » à Lyon. De son côté, le maire de Lyon, Grégory Doucet, a annoncé qu'il entendait « collaborer » avec les autorités grâce à la vidéoprotection de la ville « pour que chaque auteur de saluts nazis soit identifié et traduit en justice ».
Manuel Bompard, coordinateur de La France insoumise, s'est quant à lui interrogé sur X : « Comment le ministre de l'intérieur et la préfecture ont pu autoriser une manifestation dans laquelle on fait des saluts nazis et on scande des slogans homophobes ? »
Cet événement et les réactions qu'il a provoquées illustrent les tensions politiques croissantes en France autour des questions de violence politique et de positionnement républicain, dans un contexte où l'extrême droite cherche à normaliser sa présence dans l'espace public.



