Le Crédit Agricole tourne le dos aux villages ruraux
Dans le Lot-et-Garonne, le retrait des services bancaires frappe de plein fouet les communes rurales. À Francescas, chef-lieu de canton, l'agence du Crédit Agricole a fermé ses portes début mars, provoquant l'indignation de la maire Paulette Laborde. Cette fermeture s'inscrit dans une tendance nationale où les banques, face à la numérisation et aux contraintes économiques, se désengagent progressivement des territoires les moins densément peuplés.
Une colère qui monte chez les élus locaux
Paulette Laborde, maire de Francescas depuis de nombreuses années, ne mâche pas ses mots. « C'est le début de la mort du village », affirme-t-elle avec amertume. Elle rappelle que l'agence, autrefois ouverte quotidiennement, avait réduit ses horaires à deux matinées par semaine avant de disparaître complètement. Pour manifester son mécontentement, l'édile a boycotté la réunion de la caisse cantonale fin février, une assemblée particulièrement houleuse qui a vu la démission du conseil d'administration.
La situation n'est pas isolée. À Lauzun, le maire Jean-Pierre Barjou s'était déjà élevé début février contre la fermeture de l'agence de sa commune, dénonçant au passage la concomitance de cette décision avec les élections municipales. « J'ai 72 ans, dont 49 de mandat, et j'ai toujours connu le Crédit Agricole à Francescas. C'est une honte », témoigne Paulette Laborde, soulignant l'attachement historique des habitants à cette institution.
Des conséquences économiques redoutées
Au-delà de la symbolique, les élus craignent des répercussions concrètes sur la vie économique locale. Paulette Laborde s'inquiète particulièrement pour les commerces de proximité, qui pourraient devenir les victimes collatérales de ce retrait bancaire. « Toutes les banques ferment et je ne nie pas les difficultés rencontrées, mais là, on nous demande d'aller à Nérac où l'on nous dit que nous aurons un meilleur service », déplore-t-elle, considérant cette solution comme une maigre consolation.
Pour tenter d'atténuer l'impact, le Crédit Agricole a installé à Francescas un guichet automatique aux fonctions élargies dans les locaux dont elle conserve la propriété. Mais cette mesure est jugée insuffisante par les habitants et les commerçants qui valorisent le contact humain et les conseils personnalisés.
Une vague de fermetures qui s'étend
Francescas et Lauzun ne sont pas les seules communes touchées. À Meilhan-sur-Garonne également, les clients du Crédit Agricole ne sont plus accueillis depuis le 1er mars. Selon Paulette Laborde, les agences de Lavardac et Mézin seraient également dans le viseur de la banque, ce qui alimente les inquiétudes dans tout le département.
À Lavardac cependant, le maire Ludovic Biasotto se montre plus confiant. « Notre agence a 6 000 clients, alors cela me semble difficile de la fermer », explique-t-il avant la réunion des sociétaires prévue courant mars à Nérac. Cette réunion sera cruciale pour déterminer l'avenir des dernières agences rurales du Crédit Agricole dans la région.
Ce phénomène de désertification bancaire interroge profondément sur l'avenir des services publics et privés en milieu rural. Alors que les commerces et les services publics reculent déjà, le retrait des banques aggrave la fracture territoriale et isole un peu plus les populations vieillissantes, souvent moins à l'aise avec les outils numériques.



