Le Canon Français face aux accusations de politisation : un banquet traditionnel au cœur des polémiques
Banquets du Canon Français : tradition ou instrumentalisation politique ?

Un banquet au cœur des tensions politiques dans l'Allier

« Un projet séparatiste visant à diviser la société française et à engendrer de la haine entre les différentes cultures qui font la richesse de notre pays. » C'est par ces mots vigoureux que les syndicats et mouvements politiques de gauche ont dénoncé, dans un communiqué commun, l'événement organisé par le Canon Français lors du week-end du 14 février dans l'Allier.

2 500 convives pour une ambiance « franchouillarde »

Contrairement aux premières suppositions évoquant l'Action Française, les Frères Musulmans ou des regroupements d'antifas, il s'agissait bien d'un banquet traditionnel organisé par cette société d'événementiel active depuis 2021 à travers l'Hexagone. Le château de Bisseret, près de Montluçon, a accueilli pas moins de 2 500 personnes pendant trois jours de festivités sur un site privé.

L'atmosphère était résolument française, avec bérets, marinières, bretelles et moustaches soignées. Thibault, jeune agriculteur auvergnat éleveur de bovins, est venu avec ses amis pour chanter La Marseillaise à pleins poumons avant d'enchaîner avec les tubes d'Aznavour, Dassin et Brassens. « On vient là pour s'amuser et bien manger comme dans un bal de campagne », confie-t-il, précisant qu'il n'est pas syndiqué.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Sur les longues tablées s'alignaient bouteilles de vin rouge, plats de charcuterie, daube de sanglier servie par des hommes déguisés en Astérix et Obélix, et plateaux de fromages. Les organisateurs insistent sur l'origine « locale auvergnate » des produits.

Le nom Stérin qui cristallise les controverses

Les détracteurs y voient cependant des symboles « instrumentalisés à des fins politiques et idéologiques ». Ils accusent notamment le menu « à base de cochonnailles » d'exclure de facto les juifs et musulmans pratiquants. Une accusation fermement rejetée par les organisateurs qui garantissent « n'avoir aucun intérêt commercial à réduire la capacité clientèle ».

Le véritable nœud de la polémique réside dans les liens du Canon Français avec le milliardaire Pierre-Édouard Stérin, concepteur du projet conservateur « Périclès » et entré au capital de la société en 2024. Cette simple mention suffit à déclencher des controverses, rappelant celle entourant le spectacle Murmures de la cité à Moulins, subventionné par le Fonds du Bien commun cofondé par Stérin.

Frédéric Laporte, maire LR de Montluçon, a apporté son soutien sur les réseaux sociaux : « De toutes les générations, nous voulons conserver les traditions françaises notamment culinaires et musicales dans un magnifique site patrimonial local ».

Une neutralité politique revendiquée

Géraud de la Tour, cofondateur du Canon Français, reconnaît l'investissement du mécène catholique mais nie toute influence sur le contenu des événements. « C'est une relation capitaliste via un investissement comme il peut y en avoir d'autres », souligne-t-il, ajoutant : « On ne lui a jamais parlé et, les patrons, ce sont nous. Voir notre marque associée aux mots nazis et fachos, ça va trop loin ».

Sous le chapiteau bourbonnais, où se mêlent agriculteurs, chasseurs, étudiants, cadres et retraités, les conversations portent davantage sur le dernier match du XV de France et la météo que sur l'actualité politique. « On n'est pas là pour parler politique », tranche Julie, qui consomme de l'eau pétillante pour ramener son équipe de copains.

Le spectre politique présent va du Rassemblement national au Parti socialiste, en passant par Emmanuel Macron et Les Républicains. « Je suis communiste », sourit un septuagénaire, « donc me dire que je viens à un événement de fachos, ça me fait un peu rire. Aimer les traditions françaises n'est pas le pré carré de l'extrême droite ».

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Des polémiques qui servent de publicité

Les organisateurs martèlent dans leur charte l'interdiction de « l'expression d'idées politiques ou idéologiques ». Géraud de la Tour explique : « Comme dans tout événement, individuellement, chacun peut avoir ses convictions. On ne peut pas éplucher les réseaux sociaux ou poser la question à tous les participants pour savoir qui pense quoi. Mais, ici, la politique reste dehors ».

Ces polémiques ont cependant généré un probable effet Streisand, comme en attestent les nombreuses dates programmées en 2026. Après une escale bretonne fin 2025 qui s'est soldée par un dépôt de plainte contre treize élus d'Ille-et-Vilaine, et une vidéo controversée publiée par Libération ayant engendré plus de 20 000 likes sur Facebook en réponse, le Canon Français a fait sa première apparition au Salon de l'agriculture le 27 février, sans incident.