Les partenaires sociaux ont voté mercredi une revalorisation de 1,4 % des retraites complémentaires Agirc-Arrco pour 2027. Cette hausse concerne 14 millions de salariés du secteur privé, après le gel de leurs pensions l’an passé faute d’accord, dans un contexte d’âpres négociations syndicales.
Un vote divisé entre soutiens et oppositions
Les trois organisations patronales, ainsi que la CFDT, la CFTC, et FO ont voté pour ce taux de revalorisation. En revanche, la CFE-CGC a claqué la porte des discussions, et la CGT a voté contre. Selon les règles actuelles de l’Agirc-Arrco, la revalorisation qui concerne 14 millions de retraités ne pouvait être comprise qu’entre 1,2 et 1,9 % cette année.
« Nous avons montré que le paritarisme de gestion était à l’œuvre, qu’on était capable de dialoguer de façon respectueuse pour trouver un consensus », et d’avoir « une gestion responsable qui préserve l’avenir », a estimé devant des journalistes Diane Milleron-Deperrois, la représentante du Medef. « On aurait aimé une revalorisation plus importante mais on a agi en responsabilité pour revaloriser les pensions des retraités avec une augmentation certaine et immédiate », a déclaré à l’AFP Fabien Guimbretière, secrétaire national de la CFDT.
La CGT et la CFE-CGC expriment leur colère
« C’est clairement un vote qui n’est pas du tout acceptable, qui est scandaleux, alors qu’on avait les moyens de revaloriser les retraites au maximum envisagé à 1,9 % », a critiqué Denis Gravouil, le négociateur de la CGT, fustigeant une « volonté de punir les retraités » de la part du patronat qui « joue avec le feu ». « L’accord national interprofessionnel de 2023 n’a pas été respecté », a estimé de son côté auprès de l’AFP Christelle Thieffinne, la présidente de la CFE-CGC.
Le patronat était « complètement fermé à aller au-delà » et « on ne pouvait pas se permettre de ne pas revaloriser », a renchéri Séverine Privat, secrétaire confédérale FO chargée des retraites. Pour « mettre la pression » avant ce conseil d’administration crucial, entre 200 et 300 retraités avaient manifesté à la mi-journée place de la Bastille, à Paris, sous des drapeaux des syndicats CGT, FSU et Solidaires, et d’autres dans plusieurs villes de France, réclamant une hausse poussée « au maximum » pour préserver leur pouvoir d’achat alors que le gouvernement envisage de geler les pensions de base.
Des mobilisations pour défendre le pouvoir d’achat
« Il faut que les retraités puissent vivre dignement. Cette revalorisation n’est pas un luxe, quand on voit ce que coûte un loyer, les courses qui augmentent, les charges… Nous n’avons pas en France uniquement des retraités propriétaires avec une retraite énorme », a plaidé mercredi, dans la manifestation parisienne, Pauline Laby-Leclercq, secrétaire régionale de l’UNSA. « Quand vous avez eu zéro en 2025 », et que le gouvernement prévoit dans son budget d’économiser 5,5 milliards d’euros sur les retraites « en gelant ou sous-indexant les pensions de base » en 2027 (pour ceux qui touchent plus de 1 260 euros), une hausse inférieure à l’inflation serait « inacceptable », a aussi jugé Cathy Tran-Phung-Co, secrétaire générale de l’UCR-CGT.
Chaque année, les représentants du personnel et des employeurs, qui gèrent l’Agirc-Arrco, se réunissent pour déterminer le taux d’évolution suivant des pensions versées aux 14 millions d’assurés, en tenant compte des prévisions d’inflation et de la conjoncture économique. Ces pensions complémentaires, qui représentent une part très variable de la pension totale – schématiquement 30 % pour les salaires faibles et 60 % pour les cadres – sont revalorisées au 1er novembre et non début janvier comme celles du régime général.
Les partenaires sociaux, qui cherchent à relancer un dialogue social autonome, indépendant de l’État, avaient cette fois multiplié les échanges préparatoires depuis la fin de l’été. L’an dernier, leur incapacité à se mettre d’accord, sur fond de tensions liées à la suspension de la réforme des retraites, avait conduit à une absence totale de revalorisation et ébranlé la confiance accordée aux partenaires sociaux pour administrer des dispositifs aussi importants. L’Agirc-Arrco, qui dispose de réserves confortables de plus 90 milliards d’euros, est régulièrement présenté comme un modèle de paritarisme.
Les partenaires sociaux devront redéfinir à l’automne 2027, comme tous les 4 ans, les règles de pilotage du régime pour garantir l’équilibre à long terme. « Le paritarisme ne sort pas grandi » de cette revalorisation 2027 limitée à 1,4 %, a averti Léonard Guillemot, de la CFTC. « L’intransigeance du Medef version 2026 est très inquiétante pour le futur », a-t-il ajouté.